La production du pétrole de schiste reprend du poil de la bête aux États-Unis d’Amérique. Reprise des cours aidant, la hausse de la production US risque sérieusement de lézarder les efforts de l’Opep visant à réduire la production et à stimuler le marché.

En plus des données liées aux rendements des forages et leur nombre, les organismes pétroliers américains signalent une hausse importante des couvertures contre les risques d’une baisse des prix, ce qui présage d’un retour en force des producteurs du schiste au cours des prochains mois.

C’est l’un des facteurs pouvant remettre en doute les efforts de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole qui, au terme d’importantes tractations, est parvenue à conclure un accord en novembre pour réduire sa production de 1,2 million de barils par jour pendant six mois, soit à partir de janvier. L’Opep avait également réussi le pari d’avoir rallié à sa cause certains producteurs hors Opep dans le but de réduire la surabondance mondiale de l’offre. Signe d’un retour énergique de la production américaine, le dernier bilan de l’agence américaine d’information sur l’énergie qui a relevé, la semaine dernière, ses prévisions sur la production de pétrole des États-Unis en 2017. Une autre prévision de Barclays Plc montre que les explorateurs nord-américains du pétrole et du gaz connaîtraient 27% de plus cette année. Autre bilan tout aussi significatif d’un retour en force des producteurs US du pétrole de schiste, le nombre des puits de forages aux Etats-Unis d’Amérique a augmenté durant dix semaines consécutives, atteignant un plus haut inégalé sur une année, selon les données communiquées par le groupe Baker Hughes.
Son décompte de la première semaine de l’année fait état d’un niveau de production le plus élevé depuis avril de l’année dernière, tandis que les stocks bruts de pétrole ont connu l’augmentation la plus marquée depuis novembre 2016. Pour ne citer que ces statistiques, il serait difficile de parier sur un rééquilibrage du marché en 2017, quand bien même les membres de l’Opep semblent adhérer concrètement à l’accord de novembre 2016. En effet, l’Arabie saoudite, le plus grand exportateur de pétrole du monde, a réduit sa production à moins de 10 millions de barils par jour, en dessous de son niveau ciblé lors dudit accord. L’Algérie et les monarchies du Golfe ont fait de même, alors que l’Irak espère atteindre sa pleine baisse d’ici la fin du mois. « Les informations sur une hausse continue de la production libyenne (exemptée d’une limitation de sa production par l’Opep, NDLR), qui a atteint son plus haut niveau depuis novembre 2014, laissent penser que les baisses de production de l’Opep seront moins efficaces que prévu », a prévenu Bjarne Schieldrop, de SEB.
« Par ailleurs, la production de brut des Etats-Unis a augmenté de 176 000 barils par jour à 8,95 millions de barils par jour », ce qui montre que les producteurs américains profitent des prix plus élevés pour augmenter leurs extractions, a rappelé l’analyste. C’est dire que des facteurs négatifs subsistent tant au niveau de l’Opep qu’à l’extérieur de l’Organisation, faisant craindre un impact limité des dernières décisions de l’Opep sur les marchés et les prix.
L’Organisation ne désespère point et annonce une réunion le 22 janvier à Vienne destinée à l’adoption des mécanismes de conformité et de suivi des quotas de production. Les membres de l’Opep se réuniront également en mai pour évaluer le marché et l’impact des récentes décisions de limitation de la production.
En attendant, l’Opep fait face déjà aux premiers couacs : la hausse de la production hors Opep sous l’effet d’une percée inattendue des producteurs US du pétrole de schiste ; hausse à 700 000 barils par jour de la production libyenne et à 1,9 million de barils/jour de l’offre du Nigeria, deux pays exemptés des décisions de limitation de la production.