La découverte de nouveaux cas de Covid-19 dans le milieu scolaire à Tizi Ouzou remet sur le tapis la question de la vaccination des moins de 18 ans.

PAR INES DALI
Selon les chiffres communiqués par la direction locale de la santé et de la population, il a été enregistré jusqu’à fin novembre dernier 83 cas de contamination, soit 48 élèves et 35 personnes entre enseignants et employés, à travers 35 établissements scolaires des trois paliers.
Le risque d’une forte propagation de la Covid-19 est réel puisque les enfants et les adolescents porteurs du virus sont connus pour être des vecteurs de transmission aux adultes. Cela d’autant que cette donne intervient au moment où le pays fait face à une 4e vague de la pandémie qui commence à peser sur les hôpitaux et à la menace de l’arrivée du nouveau variant Omicron. En attendant qu’une décision soit prise concernant la vaccination des jeunes de 12-18 ans, des mesures ont été prises par le wali de Tizi Ouzou, qui a présidé un conseil de wilaya et donné des instructions fermes afin de limiter la propagation du virus. Il s’agit de «l’application rigoureuse du protocole sanitaire, le lancement immédiat des opérations de désinfection des établissements scolaires, la mise à disposition aux élèves et au personnel de bavettes et de produits de désinfection des mains».
Pour l’heure, la vaccination des adolescents de 12 ans et plus est «à l’étude au niveau du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de la Covid-19 en Algérie», a indiqué le Directeur général de l’Institut Pasteur d’Algérie, Fawzi Derrar, avant-hier lundi. La possibilité de vacciner cette frange de la population est donc remise sur la table dudit Comité après avoir été mise en berne, la priorité étant donnée à la vaccination des adultes, notamment les personnes à risques, selon le même responsable. Il a expliqué que «le souci majeur est d’élever le taux de vaccination chez les personnes à risques et non de vacciner les adolescents, car stratégiquement parlant et logiquement, il faut protéger les personnes qui risquent de faire des complications et des formes graves, alors que les sujets de moins de 18 ans transmettent le virus mais ne font pas de complications», a-t-il indiqué.
Nombreux sont les spécialistes algériens qui se sont dit favorables à la vaccination des adolescents dès le mois de septembre dernier, tout en soulignant la nécessité d’avancer d’abord sur la vaccination de la population adulte éligible. «Nous sommes toujours en stand-by au sujet de la vaccination des enfants de plus de 12 ans, car il faut d’abord atteindre les objectifs chez l’adulte, avant de passer aux adolescents et aux enfants», avait alors déclaré le Pr Réda Djidjik, chef de service immunologie à l’hôpital de Beni Messous. Idem pour le président de la Société algérienne d’infectiologie, Dr Mohamed Yousfi, qui avait, par ailleurs, mis en avant que de nombreux pays, à l’instar des Etats-Unis, avaient commencé la vaccination de cette jeune catégorie de la population dès le mois de juin 2021 après avoir réalisé un taux élevé de vaccination chez les adultes. Un avis partagé également par le Pr Kamel Djenouhat, président de la Société algérienne d’immunologie, selon lequel la priorité n’était pas à la vaccination des plus jeunes, le ministère de la Santé voulant d’abord atteindre l’objectif de vacciner 70% de la population. Cet objectif étant loin d’être atteint, la question de la vaccination des adolescents a été mise en stand-by mais voilà qu’elle refait surface. Pour rappel, en novembre dernier, un lycée dans la wilaya de Tizi Ouzou avait été fermé pour une période de dix jours par mesure de prévention après la découverte de cas Covid. D’autres cas avaient été signalés dans deux lycées à Oran durant le même mois. Le taux de vaccination du personnel de l’Education nationale reste très faible malgré les facilitations qui ont été mises en œuvre en ouvrant la vaccination pour ce corps dans les établissements, outres les autres centres de vaccination, le 22 août dernier, avant la rentrée scolaire.
Les conseils de l’OMS
Face au rebond de la pandémie en Europe ayant fortement touché les enfants, et pour éviter de nouvelles fermetures de classes et le retour de l’enseignement à distance, la branche européenne de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) conseille de renforcer les tests dans les écoles et d’envisager la vaccination des enfants scolarisés. Pour les adultes, elle conseille de garder la vaccination obligatoire comme une option de «dernier ressort».
«L’utilisation de masques et de la ventilation, ainsi que des tests réguliers, devrait être la norme dans toutes les écoles primaires et la vaccination des enfants devrait être discutée et envisagée au niveau national, afin de protéger les écoles», a affirmé son directeur Hans Kluge, lors d’une conférence de presse en ligne, cité par l’AFP.
Les cas augmentent actuellement dans toutes les catégories d’âge, «avec les taux les plus élevés observés actuellement parmi les 5-14 ans», a-t-il souligné, ajoutant qu’«il n’est pas rare aujourd’hui de voir des incidences deux à trois fois plus élevées chez les jeunes enfants que dans la population totale». Quant à la vaccination obligatoire, décidée ou envisagée par certains pays, elle doit rester un recours de «dernier ressort absolu, seulement quand toutes les options possibles pour augmenter le taux de vaccination ont été épuisées», selon l’OMS Europe. n