Le doute et l’appréhension qui se sont installés quant au bien-fondé de la vaccination contre le Covid-19 s’estompent. La population reprend le chemin des structures sanitaires dédiées à la vaccination et les antidotes distribués au niveau des wilayas sont en train d’être consommés. L’aggravation de la situation épidémique a provoqué une sorte de sursaut au sein de la population.

PAR INES DALI
Même si ce n’est pas encore le même engouement des premiers jours au niveau des centres vaccinaux ou des structures supplémentaires (chapiteaux), l’afflux est meilleur que celui d’il y a deux ou trois semaines. Contacté à ce propos, le Dr Lyès Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), déclare «confirmer que les choses sont en train de s’accélérer sur le terrain». Pour lui, deux éléments ont contribué à cela : la peur de la maladie de Covid-19 et la sensibilisation.
Après avoir rappelé la mise en place des vaccinodromes par la tutelle, ces espaces qui permettent une vaccination de masse en recevant plus de personnes et en mettant à la disposition de la population rapidement des quantités de vaccins pour pouvoir juguler un peu les flux, il préfère être plus précis. «Quand je parle de flux, je dirai que j’exagère un peu bien que les citoyens ont repris la vaccination, mais on constate qu’il y a une sensibilisation par rapport à l’acte vaccinal. Les gens commencent à venir vers ces espaces pour se faire vacciner. Il y a aussi une autre catégorie de citoyens qui se déplace juste pour demander des informations. Ils exposent, par exemple, leur état de santé lorsqu’ils ont une maladie ou autre et demandent si la vaccination est conseillée pour eux ou non. Il y a donc ceux qui viennent se faire vacciner et d’autres qui viennent s’informer car ils ne sont pas encore convaincus de l’utilité de le faire», a affirmé Dr Merabet.
Mais en tout état de cause, le constat est que «l’afflux pour la vaccination est meilleur comparativement à avant». Le regain d’intérêt pour la vaccination est peut-être dû, selon notre interlocuteur, à «la sensibilisation à travers la réalité du terrain, car les gens se connaissent, ils connaissent des personnes du voisinage ou de la famille qui sont tombés malades, il y a une certaine peur qui s’installe. En plus, il y a quand même une campagne de sensibilisation qui est relancée autour de la vaccination et l’intérêt de la vaccination». Pour lui, ces deux éléments concourent à encourager les gens et à les faire plus adhérer à la vaccination. Il a donné, par ailleurs, l’exemple de l’Etablissement public de santé de proximité (EPSP, des établissements qui ont été chargés de réaliser la campagne vaccinale) où il exerce dans la wilaya de Blida. «Je confirme que la situation s’est nettement améliorée par rapport à ce qu’il y avait au début en termes d’approvisionnement en vaccins des centres vaccinaux dans cet EPSP. Le vaccin est disponible, nous travaillons à l’aise et les citoyens commencent à venir plus nombreux que d’habitude, surtout cette dernière semaine», a-t-il témoigné. «Mais on reste sur une moyenne au niveau de cet EPSP d’une centaine de personnes par jour pour une population cible concernée par la vaccination d’environ 70.000 à 75.000 personnes.

Cela reste peu par rapport à notre objectif», a ajouté le président du SNPSP.
«L’objectif de vacciner au moins 17 millions de personnes encore loin»
Cette insuffisance de la vaccination n’est pas seulement à l’échelle locale, mais à l’échelle nationale, même s’il y a une évolution positive. C’est l’autre constat du Dr Lyès Merabet. «Je le dis honnêtement, la vaccination s’est améliorée par rapport à la disponibilité des quantités de vaccins. Mais par rapport aux objectifs tracés de vacciner 17 à 18 millions de citoyens, si ce n’est pas plus puisqu’on parle d’une couverture maximale au minimum de 60 à 70% de la population, on reste tout de même loin de cet objectif», a-t-il fait remarquer. Il poursuit en soulignant qu’avec toute la quantité de vaccins réceptionnée jusqu’à présent, et disant reprendre pratiquement ce qui a été dit il y a quelques jours par le directeur de la prévention au ministre de la Santé Dr Djamel Fourar, «on est peut-être aux alentours de 2,3 millions de personnes vaccinées». Il explique que lorsqu’on fait le rapport à l’objectif tracé qui est de 17 millions de personnes à vacciner, «on est encore loin, sachant que la campagne vaccinale a démarré le 30 janvier, et qu’il reste donc un nombre important de personnes à vacciner».
Il insiste à son tour sur la nécessité de la vaccination et lance un appel aux citoyens dans ce sens. «Moi-même je me suis vacciné. J’invite nos concitoyens à en faire même. Il ne faut pas hésiter, ce n’est que bénéfique car cela nous mène vers une protection immunitaire meilleure». Il notera, également, qu’il faut que les citoyens sachent que même lorsque quelqu’un a reçu l’anticoronavirus, il peut être contaminé, donc il faut garder les gestes barrières et ne pas penser qu’on doit abandonner ces mesures de précaution parce qu’on a reçu le vaccin, a-t-il recommandé.
Il faut aussi expliquer aux citoyens que la protection est maximale après la deuxième dose. «Lorsqu’on reçoit la première dose, le système immunitaire commence à réagir efficacement et à produire les anticorps généralement dix à quatorze jours après pour une réponse immunitaire efficace qui est boostée et stimulée par la deuxième dose. C’est donc à partir de la deuxième dose, une semaine à dix jours après, qu’on arrive à avoir une immunité efficace, à un niveau acceptable», a indiqué Dr Merabet. Par la suite, même si la contamination au Covid-19, la vaccination permet de «nous prémunir d’une forme grave de la maladie de Covid-19 ou autres complications. C’est l’intérêt de la vaccination», a-t-il tenu à préciser.
Revenant sur la situation de la campagne de vaccination d’une façon générale, il notera que cela fait bientôt trois semaines que les choses se sont accélérées. Les structures de santé réquisitionnées pour l’opération de vaccination reçoivent «de plus en plus et régulièrement des quantités assez intéressantes de doses de vaccins». Le dernier quota a été distribué il y a quelques jours après la réception par l’Algérie d’un million de doses du vaccin chinois Sinovac, a-t-il rappelé. Cette quantité a été dispatchée à travers les wilayas et, actuellement, il y a deux vaccins qui sont essentiellement utilisés, c’est l’AstraZeneca et le vaccin chinois Sinovac, plus des petites quantités du vaccin russe Sputnik V, selon Dr Merabet.