Le renouvellement naturel des zones forestières ravagées par les derniers incendies devrait prendre plusieurs années avant «l’émergence d’une jeune forêt», a fait savoir Mme Amina Younsi, experte en infrastructure qualité, agriculture et environnement.

Par Nadir Kadi
La responsable, interrogée par l’APS, estime, en effet, que «3 à 5 ans» sont nécessaires avant le «retour» du couvert végétal. Un délai durant lequel la patience sera de mise, selon Mme A. Younsi : «Il n’est pas conseillé de toucher à la forêt après un incendie, mais laisser la nature faire son travail.» L’action des scientifiques et agences de protection des espaces forestiers devrait en ce sens être axée sur «la collecte des données et caractéristiques des points de déclenchement des incendies, leur puissance, recoller le puzzle pour savoir qu’elles étaient les températures, le temps et la nature de la végétation qui a pris feu».
Déclarations et points de vue qui s’opposent ainsi aux aspirations légitimes des populations des régions concernées qui réclament un reboisement rapide. Mme Younsi estime, pour sa part, que des actions «précipitées» pourraient être contre-productives et ne seraient qu’un «investissement qui permettra juste une réparation du paysage avec un pourcentage d’échec très élevé». L’intervention humaine sur une forêt déjà ravagée par les flammes pourrait également «occasionner des éboulements de terrain à cause de la fragilité du sol» et plus encore, «favoriser les mêmes conditions qui ont causé cette catastrophe».
La spécialiste des questions environnementales fait, à ce titre, remarquer que l’étude des conséquences des derniers feux de forêt dans le Nord du pays nécessitera la collecte de données et de constatations des experts : «Ces incendies ne sont pas sans conséquences sur le sol et la végétation et celles-ci ne peuvent être estimées avec certitude qu’en disposant d’importantes informations comme l’intensité des températures des incendies et le temps de l’incendie.»
Et dans cette logique, les expériences passées ont démontré que la nature peut reprendre ses droits par elle-même : «Beaucoup de graines de conifères comme le pin se retrouvent libérées des cônes par les hautes températures et germent rapidement.» L’intervention humaine ne prendrait qu’en complément du processus naturel de renouvellement «si la densité est faible (…), un reboisement serait le bienvenu». Un avis qui diverge toutefois avec les dernières déclarations du ministre de l’Agriculture et du Développement rural Abdelhamid Hemdeni qui avait fait savoir, le 24 août, que la question de la «réhabilitation des espaces forestiers endommagés» était une «priorité urgente».
Annonçant, sans toutefois donner de date, que 9 millions d’arbrisseaux, en plus de 11 millions d’arbres fruitiers, seront plantés en coordination avec la Direction générale des forêts (DGF) et des spécialistes du domaine.
Néanmoins, les avis se rejoignent quant à la nécessité d’un programme de reboisement élaboré sur des méthodes «scientifiques et techniques, en définissant les espaces et espèces appropriés pour chaque région», selon les propos du ministre. Ce dernier avait en ce sens installé une «Commission nationale de coordination des opérations de reboisement», une structure notamment chargée de l’accompagnement des initiatives des citoyens et des associations désireux de participer aux reboisements des forêts. Quant aux causes des incendies, Mme Younsi évoque, en plus des actions criminelles, la négligence, le non-respect de la nature, mais aussi le cycle de sécheresse que traverse la région. La responsable souligne ainsi que «la longue période de chaleurs qui a causé le dessèchement de la forêt et de la végétation devenues craquantes et inflammables, les débris de verre, de métaux et autres déchets laissés par négligence ou carrément jetés par la population (…) ont contribué à la dissémination des feux». Des incendies particulièrement violents, qui ont ravagé, dès le 9 août, près de 89 000 hectares de couvert végétal de 35 wilayas, principalement à Tizi-Ouzou, Khenchela et Béjaïa.