Par Sihem Bounabi
Urbanistes, architectes, historiens et spécialistes de l’aménagement de territoire tirent une nouvelle fois la sonnette d’alarme, suite à l’entame d’un grand chantier de réaménagement des jardins du boulevard Mohamed-Khemisti en face de la Grande-Poste d’Alger, qui est «une véritable catastrophe urbanistique et d’aménagement de territoire».
La polémique a débuté, il y a déjà plusieurs jours, suite à la publication d’une vidéo d’animation sur la page officielle du P/APC d’Alger-Centre Abdelhakim Bettache, qui annoncé le début d’un grand chantier de réaménagement des jardins du boulevard Mohamed-Khemisti en face de la Grande-Poste d’Alger, avec la présentation virtuelle du projet finalisé.
Cette publication a été commentée par plusieurs spécialistes de l’urbanisme, de l’architecture paysagère, d’historiens, de sociologues et d’architectes interpellant le P/APC d’Alger Centre sur la défiguration de cet espace par le non-respect de la réglementation pour l’aménagement urbain. Certains se sont déplacés sur les lieux du chantier et ont été outrés et révoltés de voir que les travaux ont déjà débuté. Un mur de briques a déjà été érigé et illustre toute la catastrophe qui se profile augurant d’un sombre horizon pour cet espace d’une importance cruciale pour le paysage urbain de la capitale.
Parmi les citoyens qui se sont mobilisés pour alerter sur cette défiguration de l’espace urbain, un spécialiste du domaine nous annonce que «nous nous sommes constitués en collectif et qu’une action est en cours pour nouer le dialogue avec le P/APC d’Alger et également le wali pour les sensibiliser sur le respect de la réglementation concernant le périmètre POS 169 (plan d’occupation des sols) qui est d’une importance cardinale car tout le nouvel Alger va être construit autour de cet espace».
Il nous explique que l’aménagement tel qu’il est présenté dans la vidéo montre que c’est un projet qui ne respecte pas les termes d’échelle, que cet espace est situé dans le périmètre du POS 169 programmé par le Plan directeur d’aménagement et d’urbanisme (PDAU) d’Alger à l’horizon 2035 et adopté en décembre 2016. De ce fait, l’échelle doit être prise en considération. «C’est le territoire concerné pour cette étude qui débute du mur du stade Ouaguenouni à l’est jusqu’au port et la mer à l’ouest, ce qui englobe toute la coulée verte», précise notre interlocuteur qui ajoute que de facto sont «intégrées dans ce périmètre toutes les façades urbaines des côtés nord et sud et toutes les amorces de rues qui donnent sur cet espace».
Il rappelle que les impératifs dictés par ce POS 169 est notamment, la sauvegarde du patrimoine construit existant et des éléments et ensembles et tissus urbains remarquables, la valorisation des espaces urbains structurants du centre-ville, la restauration des équilibres écologiques moyennant la sauvegarde et la valorisation du patrimoine culturel et environnemental, la réhabilitation de la relation historique de la ville avec la mer, le développement d’un cadre d’opérations de requalification urbaine et d’interventions de référence, la revitalisation sociale, économique et urbaine ainsi que le développement de la vocation culturelle et touristique du Grand-Alger. Fort de cet argumentaire, l’urbaniste expérimenté se désole que tous ces éléments n’ont pas été pris en considération et souligne que «normalement les premiers à réagir face à une telle catastrophe c’est le ministère de la Culture car il est autant concerné par la préservation et le respect des normes de la réhabilitation de ce lieu hautement patrimonial, culturel et historique».
Face au silence des autorités concernées par cette problématique, les spécialistes se sont mobilisés en tant que citoyens soucieux de l’image et de l’aménagement de la ville avec la force de la loi. L’urbaniste souligne à ce sujet qu’«un POS est un instrument d’urbanisme opposable aux tiers selon la loi 90-29 sur l’urbanisme. Il doit faire l’objet d’un appel d’offres à la concurrence. Et au lieu de cela, il y a un projet approximatif et qui démontre que ceux qui sont chargés de ce projet n’ont pas l’expérience ni les connaissances nécessaires pour un projet d’une telle envergure».
Faisant acte de bonne foi, il a assuré que le groupe de citoyens composé de spécialistes pluridisciplinaires sont «tellement inquiets et révoltés par cette défiguration de l’espace de cet espace urbain qu’il faut prendre en compte que nous sommes prêts bénévolement à conseiller le P/APC et le wali d’Alger sur les critères à prendre en considération pour lancer un véritable concours afin de choisir le meilleur projet qui corresponde et valorise le cœur de la capitale algérienne.
Il conclut qu’un tel projet d’aménagement nécessite de véritables compétences car il y a des enjeux et des paramètres à prendre en considération, notamment historique, architectural, économique, sociologique, démographique, écologique, du climat, la végétation et la coulée verte. n