Pointé du doigt par Karim Benzema selon des images captées par les caméras mardi face au Borussia Mönchengladbach (2-2), Vinicius continue de susciter des réactions diverses au Real Madrid. Toujours aussi imprécis dans le dernier geste, le Brésilien n’a pas encore pris l’épaisseur attendue. Mais, faut-il le rappeler, il n’a que 20 ans. C’est le genre de séquences dont raffole la presse espagnole. Une scène captée sur le vif, traduite en vitesse et qui révèle les dessous d’un groupe de champions. Mardi, c’est Karim Benzema qui a été pris par la patrouille de la petite phrase, avec des mots très durs lors d’un échange avec Ferland Mendy à l’encontre de son coéquipier Vinicius. Après une nouvelle analyse de RMC Sports, voici donc la teneur des propos de KB9 : « Il fait ce qu’il veut. Frère, ne joue pas avec ! La vie de ma mère. Il joue contre nous ». Les critiques ont été nombreuses à l’encontre du buteur français. Mais la vérité est ailleurs et parfaitement résumée par Marca dans un éditorial bien senti : « Le pire dans ce qu’a dit Benzema, ce n’est pas la façon de le dire, le moment de le dire ou la personne à qui le dire. Le pire, c’est que c’est vrai ». Car, depuis quelques mois, c’est une forme de lassitude qui s’est invitée dans les conversations au moment d’évoquer Vinicius.

FATI, LA COMPARAISON QUI FAIT MAL
C’est d’ailleurs ainsi qu’il faut lire la réaction du Tricolore, frustré par l’évolution du gamin qu’il avait pris sous son aile à son arrivée du Brésil à l’été 2018. « Celui qui m’a le plus aidé ? Benzema, sans aucun doute, expliquait le jeune ailier en mars dernier. Depuis le premier jour, il m’a conseillé pour prendre les meilleurs décisions et quand on joue ensemble il me conseille de rester calme et concentré ». Entre les deux, c’est une relation fusionnelle qui existe mais qui semble mise à mal par l’inefficacité chronique du Brésilien. 11 buts en 76 matches : voilà le bilan chiffré de Vinicius. Insuffisant. Surtout à l’heure où d’autres grillent les étapes dans ce domaine. Juste avant le Clasico, c’est évidemment au précoce Ansu Fati que le Brésilien avait été rapproché. A 17 ans, soit trois ans de moins que l’ailier madrilène, il a déjà trouvé les filets à 13 reprises avec le Barça… en 40 matches. Un ratio bien plus séduisant que celui de Vinicius.

L’AIDE DE ZIDANE, LE RETOUR D’HAZARD
Alors, le Brésilien est-il une cause perdue ? C’est sûrement sauter quelques étapes et faire des raccourcis malheureux. A 20 ans, son éclosion n’est pas encore achevée et le club madrilène continue d’imaginer un futur radieux où il s’associera à Kylian Mbappé pour une attaque à même d’affoler les radars de vitesse. Surtout, depuis 2018, il n’a cessé de progresser autrement que sur la feuille statistique, son énorme défaut encore à l’heure actuelle. Tactiquement, « Vini » a appris à mieux défendre mais surtout à rationnaliser quelque peu son jeu. Le chien fou de ses débuts a laissé place à un joueur plus habitué aux joutes européennes, avec un sens du placement et du marquage bien plus affinés qu’à ses débuts. « Vinicius est bien là, il est jeune et il représente le présent et le futur du Real, a d’ailleurs avancé Zinedine Zidane vendredi après être revenu sur l’incident de mardi, «clarifié» selon lui. Il travaille beaucoup, c’est un garçon qui veut apprendre, s’améliorer et ça, c’est super pour un entraîneur et une équipe ».

DES IMPREFECTIONS À GOMMER
Reste ce terrible manque de finition : conscient de ses lacunes, il avait demandé un travail spécifique à cet égard cet été. C’est Zidane himself qui avait animé les séances particulières, volontaire à l’idée de transformer sa pépite en tueur des surfaces. On en est encore loin, certes mais des progrès sont encore notables dans ce domaine. La preuve ? Cette saison, son ratio s’est très nettement amélioré (3 buts en 7 matches) au point qu’il a marqué le but décisif face à Valladolid (1-0) et a aussi ouvert le score face à Levante (0-2), signe d’une importance accrue dans la finition madrilène. De quoi définitivement le lancer ? Eclipsé la saison passée par son pote Rodrygo, le Brésilien avait pris ces dernières semaines l’habitude d’animer l’aile gauche des Merengues où ses qualités de percussion et de vitesse font encore des dégâts. Mais le retour d’Eden Hazard, titulaire identifié du poste si son corps le laisse tranquille, risque bien d’assombrir les perspectives à court terme de « Vini ». Et retarder sans doute un peu plus l’éclosion d’un crack annoncé mais encore imparfait. n