Jour «J» pour le mouvement des médecins résidents ? Après quatre mois de grève et une dizaine de rencontres avec la tutelle, c’est aujourd’hui, en effet, qu’ils doivent décider de la poursuite ou non de leur mouvement de protestation. Pour ce faire, ils doivent discuter et voter en assemblées générales

, à travers le pays, s’ils acceptent ou refusent les propositions de Mokhtar Hasbellaoui, ministre de la Santé. Pour rappel, M. Hasbellaoui a donné son accord pour la réouverture du dossier du statut de résident et le réaménagement de la durée du service civil. Concernant le dossier du service  civil, le principe de fixer la durée de 3 à 4 ans pour les villes universitaires du Nord du pays et de 1 à 2 ans pour les autres villes, y compris les villes universitaires du Sud,  a été retenu, alors que pour le service national, il a été décidé que la durée accomplie est déductible de la durée du service civil.
Autre proposition, le congé de maternité considéré «comme période de travail effectif». Il a été également retenu le principe d’accorder un logement individuel, équipé, adapté et décent comme préalable à toute affectation dans le cadre du service civil pour les wilayas du Sud et des Hauts-Plateaux et les villes situées dans un rayon de 100 km et plus du domicile du médecin concerné, et qu’«en cas d’indisponibilité de logement, le chef d’établissement est dans l’obligation de recourir à une location».
Autre disposition allant dans l’esprit de satisfaire les revendications des résidents, la décision d’instaurer une prime mensuelle pour le service civil variant entre  20 000  et 60 000 DA en fonction de la zone et en dehors des villes universitaires, ainsi que le principe d’accorder le regroupement familial pour tous les couples appartenant au secteur, et ce, sans le passage par la commission de recours.
Autre élément important, les affectations des spécialistes se feront en fonction du plateau technique propre à chaque spécialité comme condition pour l’ouverture du poste. Au sujet du droit à l’installation d’un laboratoire polyvalent à titre privé, la réunion a convenu que ce droit concernera les spécialités  hémobiologie, immunologie, biochimie, parasitologie, microbiologie, toxicologie et hématologie, l’histo-embryologie et la génétique clinique. Des revendications qui seront prises en charge dans le cadre du nouveau projet de loi relatif à la santé actuellement au niveau de l’APN. Le ministère s’est engagé à défendre cette question auprès de cette instance, selon le PV de réunion.  Dans le compte-rendu il est également mentionné que les postes budgétaires pour les spécialités non assujetties au service civil médical, pharmaceutique et de médecine dentaire seront totalement assurés pour l’année 2018. Toutefois, le choix des postes se fera par ordre de mérite.
D’un autre côté, il a été décidé l’augmentation du nombre de résidents au sein de la commission d’affectation, du suivi, d’évaluation et de recours à trois  résidents en procédant à la modification du décret y afférent.
«Un accord a été donné pour faire bénéficier le médecin spécialiste exerçant dans le cadre du service civil d’une journée pédagogique par semaine», est-il mentionné.
Il a été également retenu le principe d’accorder le droit à l’activité lucrative sans condition d’ancienneté dans les villes du Sud et des Hauts-Plateaux à raison d’une demi-journée par semaine. «Toutes les mesures incitatives arrêtées d’un commun accord seront applicables à partir de l’année 2018», a-t-on ajouté en guise d’assurance. Soulignant à l’occasion que «le droit syndical pour les résidents s’exercera conformément à l’article 42 de la loi 90-14».
Enfin, il a été précisé que les revendications relatives à la formation et à la pédagogie seront prises en charge en étroite collaboration entre les deux départements ministériels et les autres instances concernées. Par ailleurs, le boycott de l’examen du DEMS s’est poursuivi hier avec les spécialités  chirurgie maxillo-faciale, médecine légale, infectiologie et neurochirurgie. Cette session de rattrapage de l’examen était prévue entre le 18 mars et 12 avril.

De la poudre aux yeux !

Cependant, à travers les réseaux sociaux, les propositions faites par le ministère de la Santé ne semblent pas agréer les résidents qui ont émis des réserves.
«De la poudre aux yeux», pensent certains, alors que d’autres les ont qualifiées de «non concrètes  et pleines de zones d’ombre», notamment l’article concernant les salaires et les primes. Pour certains, l’article qui oblige le directeur d’établissement à louer un appartement pour les résidents causera beaucoup de problèmes avec l’administration et aucun directeur ne louera avec le budget de l’établissement, estiment-ils. Même frilosité vis-à-vis du service civil ou encore le regroupement familial, où «rien n’a été mis en exergue lorsque l’un des conjoints ne porte pas de blouse blanche».
Ainsi, les résidents veulent plus de garanties avant la suspension de la grève. Ils ont même mis en cause la capacité de Hasbellaoui à les défendre devant l’APN, et à faire appliquer ces mesures durant l’année 2018.
Malgré toutes ces réserves, d’autres indicateurs laissent néanmoins croire que les résidents iront vers l’arrêt du débrayage. Première piste, les résidents présents à la réunion sont sortis optimistes contrairement aux rencontres précédentes. Autre élément le risque d’essoufflement du mouvement. <