Le Front de la justice et du développement (FJD) n’a pas accueilli favorablement le contenu de la mouture de la prochaine Constitution, dévoilée jeudi dernier par la présidence de la République. Les critiques de la formation sont, cependant, davantage puisées d’un fond idéologique très familier au parti islamiste.
Avant de s’avancer dans le contenu de la copie des experts, le parti de Djaballah a estimé «inapproprié» le contexte sociopolitique dans lequel a été rendu public l’avant-projet de révision constitutionnelle. Le parti islamiste a fait part dans ce sens de ses «soupçons» sur les «visées réelles» des autorités en lançant le projet dans l’espace public alors que, souligne le FDJ, le contexte ne permet pas un «vrai débat» autour de la future loi fondamentale. En plus des reproches qu’il fait aux autorités en matière de gestion de la crise sanitaire, le FJD évoque les arrestations et les comparutions devant la justice des activistes du mouvement populaire.
Sur le contenu de la copie, le FJD n’a pas été avare en critiques bien qu’il note qu’il ne s’agirait que de remarques préliminaires promettant un «avis plus détaillé» qui interviendra après les conclusions de la commission nationale installée à l’effet d’étudier la mouture de la Constitution.
Dans les remarques préliminaires du FJD, l’on peut relever qu’il a emboité le pas au MSP pour émettre une critique selon laquelle «la nature du système politique n’a pas été définie», regrettant que la mission de rédiger une loi fondamentale soit confiée à des «techniciens appartenant à un seul courant idéologique, ce qui empêcherait une Constitution consensuelle». Le parti d’Abdallah Djaballah, qui invite dès lors à «corriger cette orientation», a exprimé son rejet pour «des dispositions constitutionnelles qui ne tiendraient pas compte de la composante de la société et de ses constantes», alertant sur le «danger» de cette option et son «impact négatif» sur le texte lui-même. Sur sa lancée, le FJD n’a point apprécié que la mouture soit rédigée dans les deux langues, l’arabe et le français, dénonçant ce qu’il qualifie de «faveurs» dont bénéficierait la langue de l’ancien colonisateur au détriment de la langue nationale et officielle.
Troquant le costume de l’idéologie pour investir le terrain de la politique, le FJD a reproché à la démarche de se limiter aux sept axes de révision telle que contenu dans la lettre de motivation adressée par le président de la République au comité des experts. Cette «injonction présidentielle» a empêché les concepteurs de formuler des amendements profonds de nature à renforcer la participation politique et consolider la démocratie participative et freiner la mainmise du pouvoir exécutif sur les autres pouvoirs», souligne le FJD dans sa déclaration. Le parti de Djaballah reproche également au comité Laraba ce qu’il juge comme un manque de considération à «la volonté et la majorité populaire exclue», a-t-il dit, dans le choix du Premier ministre dont le poste devait revenir à la majorité parlementaire issue des élections législatives, une revendication maintes fois exprimée par le MSP. Le FJD appréhende, dans ce registre, «un impact négatif» de la future Constitution sur l’activité partisane en maintenant les causes qui ont permis «la propagation de la corruption et les passe-droits et affaiblir l’activité politique». n