La tension politique qui règne en République Démocratique du Congo (RDC), notamment aux frontières avec le Rwanda, place les forces d’interposition onusienne dans une situation inconfortable et se retrouvent accusées de n’avoir rien fait pour la paix dans ce pays. Dix jours après l’appel lancé par le président du Sénat congolais pour faire «dégager» les troupes de la mission onusienne, la Monusco a vu ses installations pillées p ar des manifestants à Goma.

Après avoir barricadé les grandes artères de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, des centaines de manifestants scindés en deux groupes ont pris d’assaut le siège local de la mission onusienne ainsi que sa base logistique située hors du centre de la ville. Au Quartier général de la Monusco, la plus importante mission onusienne au monde avec au moins 14.000 Casques bleus, ces manifestants en colère ont brûlé des pneus et des objets en plastique devant le portail puis ont cassé le mur de la clôture, a constaté un correspondant de l’AFP. Les manifestants ont ensuite cassé les vitres, les murs et pillé des ordinateurs, des chaises, des tables et des objets de valeur. Des agents de la Monusco présents sur le site ont été évacués à bord de deux hélicoptères. Des scènes similaires se sont aussi produites à la base logistique de la Monusco où un élève en uniforme a été atteint à la jambe par une balle tirée de l’intérieur de la Base logistique. La police onusienne a usé de bombes lacrymogènes pour disperser les manifestants avant l’intervention des militaires des Forces armées de la RDC. Plusieurs manifestants ont été interpellés par les forces de sécurité congolaises. «Certains manifestants ont escaladé les murs de notre enceinte» à Goma, a déclaré à l’AFP Khassim Diagne, chef adjoint de la Monusco. «Ce sont des pilleurs. Nous les condamnons avec la plus grande fermeté. «C’est carrément du vandalisme», a-t-il dit. Le 15 juillet à Goma, le président du Sénat congolais Modeste Bahati avait demandé, lors d’un meeting, à la Monusco de «plier bagages» après 22 ans d’une présence qui n’a pu imposer la paix dans la partie orientale de la RDC, «déstabilisée depuis près de trois décennies.
La manifestation avait été organisée à l’appel des organisations de la société civile et du parti au pouvoir, Union pour la démocratie et le progrès social.

HRW dénonce des «exécutions sommaires» par le M23

Pour sa part, l’organisation Human Rights Watch a documenté au moins 29 cas de civils sommairement tués depuis mi-juin par des rebelles du «Mouvement du 23 mars» (M23) dans l’est de la République démocratique du Congo, dans un rapport rendu public lundi. Le M23 est une ancienne rébellion à dominante tutsi vaincue en 2013, qui a repris les armes en fin d’année dernière, s’attaquant aux positions des Forces armées de la RDC (FARDC) et des Casques bleus, et prenant le contrôle de plusieurs localités. Lors de leur avancée, «le groupe armé M23 a sommairement tué au moins 29 civils depuis la mi-juin 2022 dans les zones qu’il contrôle dans l’est de la République démocratique du Congo», écrit HRW. Le 21 juin au village Ruvumu, «les rebelles du M23 ont sommairement tué au moins 17 civils, dont deux adolescents, qu’ils accusaient d’avoir informé l’armée congolaise de leurs positions et cachettes», décrit le rapport. «Certains ont été abattus alors qu’ils tentaient de fuir, d’autres ont été «exécutés à bout portant». Le 1er juillet dans le village Ruseke, quatre témoins des meurtres ont affirmé que les rebelles les avaient entraînés dans une maison sous le prétexte de «les protéger des coups de feu». Peu après, l’un des combattants «a commencé à tirer vers nous», a affirmé un survivant. «Human Rights Watch a confirmé que le M23 a tué au moins neuf civils dans cette maison», lit-on dans ce rapport. Entre le 23 juin et début juillet, les forces du M23 ont en outre tué au moins trois civils dans le village de Kabindi. Ils ont tué un homme de 27 ans, lui ont «fracassé le crâne avec une petite houe puis ils lui ont arraché les deux yeux», selon le témoignage d’un responsable local. En mai et juin, des obus tirés par le M23 et une douzaine «apparemment tirés depuis le côté rwandais de la frontière ont détruit une école primaire, tué 3 enfants et une femme», écrit HRW qui cite un rapport resté confidentiel d’un mécanisme sous-régional de vérification (MCVE). Le MCVE, après enquêtes, conclut que les RDF (Forces de défense rwandaise) «ont pénétré illégalement sur le territoire congolais», après avoir interrogé deux soldats rwandais arrêtés par les FARDC. Le gouvernement congolais accuse le Rwanda de soutenir le M23 tandis que la société civile du Nord-Kivu accuse également l’Ouganda d’avoir contribué à la prise de la stratégique cité douanière de Bunagana située à la frontière RDC-Ouganda. «Les pays donateurs devraient suspendre leur assistance militaire aux gouvernements qui soutiennent le M23 ou d’autres groupes armés responsables d’exactions» dans l’est congolais, recommande HRW.