Dans la lettre annonçant leur démission du parti, publiée il y a plus d’une semaine, les huit élus RCD à l’APW de Tizi Ouzou révèlent la profondeur du contentieux de nature politique et organique qui les oppose à la direction du parti et à son président Mohcine Bellabès. Outre les «dérives autoritaires» imputées à ce dernier, accusé de fermer la porte au dialogue et à la concertation autour des questions qui ont trait à la vie du parti, les élus démissionnaires dénoncent l’écart à la ligne politique originale et aux principes fondateurs du RCD.
«Nous avons été très patients et, avant de lancer le débat, nous avons tout fait pour attirer l’attention de Mohcine Bellabès sur ses louvoiements et essayer de rattraper les choses tant qu’il était encore possible de le faire. Il a tout fait pour éviter le débat à l’intérieur du parti et maintenant il veut interdire la parole, même à l’extérieur, aux militants qu’il a lui-même exclus. Drôle de conception de la démocratie !», ont-ils déploré. Tout en pointant du doigt les «dérobades» de leur ex-responsable politique qu’ils accusent d’user de manœuvres et de procédés anti-démocratiques pour fuir «le dialogue et la concertation avec les cadres du parti qui l’ont invité au débat, à travers un courrier interne, qu’il a préféré rendre public en violation des statuts et du règlement intérieur, il a choisi le stalinisme en procédant à l’exclusion de toute voix discordante. La contradiction est désormais interdite dans le RCD». Poursuivant leur réquisitoire, les camarades de Samira Messouci accusent Mohcine Bellabès d’avoir une démarche politique «équivoque et ambiguë», et à demi-mot d’être de connivence avec le pouvoir, contredisant le discours d’opposant qu’il professe. «Tout ce que nous disions informellement en interne depuis un bon moment est validé maintenant par les communiqués officiels du secrétariat national. Même les mises en scène auxquelles il se livre avec l’administration, qui annonce des sanctions dont il sait qu’elles ne seront jamais appliquées, et les guerres simulées avec les chaînes du pouvoir, auxquelles il déroule le tapis rouge dans ses activités, ne peuvent camoufler ses dérives». Pire, le chef de file du Rassemblement pour la culture et la démocratie est coupable d’«imposture» aux yeux de ses ex-élus. «Commençons d’abord par rétablir une vérité. Il a affirmé récemment avec prétention, sur El Magharibia, qu’il a prédit les manifestations populaires, car tout simplement il est le seul à avoir confiance dans le peuple. Nous le mettons au défi d’apporter la moindre preuve, la moindre photo ou vidéo, comme il se plaît à le faire sur sa page Facebook, de sa participation à la première marche du 22 février 2019», lancent-ils. Et d’enfoncer le clou : «Non seulement il n’a pas pris part au premier vendredi, mais il a qualifié la révolution du peuple de louche et de manipulation (…) Dans ce sillage, son entêtement à maintenir les députés à l’APN et sa rencontre en catimini avec l’envoyé spécial du système, son ami Karim Younès, confirment ses doutes quant aux capacités du peuple à réaliser le changement radical. Il faut avoir un pied partout. On est là, loin, très loin, de ses vanités affichées sur sa chaîne préférée (El Magharibia, ndlr)». Autre motif ayant alimenté le profond malaise entre ces ex-militants, cadres et élus et la direction du RCD, la présence répétée de son leader sur le plateau parisien de cette chaîne, réputée proche de l’ex-FIS. Des fréquentations qui «ont accouché de sa compromission avec Mourad Dhina (responsable de l’organisation Rashad pro FIS, ndlr) complice des assassinats des intellectuels algériens pendant la décennie noire, avec qui il a signé une déclaration et avec qui il s’est réuni plusieurs fois à Paris», assènent-ils. «Nous savons tous maintenant que ses émissions cachaient en réalité, en arrière-plan, des réunions informelles, où la souveraineté du parti était totalement hypothéquée. Avec son avant-dernier communiqué, il a donné la preuve que ses nombreux déplacements, entièrement pris en charge par cette chaîne, ont un prix qu’il portera sur la conscience : le reniement du combat et du projet du RCD. L’absence de ligne directrice claire est le seul bilan qui peut être mis à son actif. Le RCD qui était la locomotive de tous les combats démocratiques est maintenant obligé de s’abriter derrière les autres pour exister. Notre parti est réduit à une agence assurant la promotion de M. Belabbès», lâchent ces élus qui énumèrent les multiples «maladresses» politiques du successeur de Saïd Sadi à la tête du RCD.