Le photographe français, Raymond Depardon, un témoin oculaire des Accords d’Evian en 1961, a témoigné que la délégation officielle du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) lui a accordé toutes les facilitations pour réaliser des photographie et clichés immortalisant cet important évènement dans l’histoire de la Révolution algérienne. «Je n’avais aucun souci, puisque j’avais une accréditation officielle GPRA. Cela me donnait accès à la maison (…). En dehors des précautions d’usage, les services d’ordre me laissent aller et venir librement», a-t-il expliqué dans un entretien au journal Liberté.
M. Depardon, qui a indiqué avoir été choisi par la rédaction de l’agence Delmas pour couvrir l’évènement alors qu’il n’avait que 19 ans, a fait savoir que la délégation algérienne lui avait permis de prendre toutes les photos qu’il voulait. «J’ai donc commencé à déambuler dans la maison, les gens revenaient d’Evian par hélicoptère, ils repartaient et tout cela a duré une dizaine de jours où j’ai fait toutes les photos que je voulais. J’ai pris des photos qui surprennent aujourd’hui car on y voit des gens très joyeux», a-t-il ajouté. Il a expliqué que la délégation algérienne, qui était hébergée par les Suisses dans une villa située en face d’Evian, «impressionnait par sa décontraction et le port vestimentaire très élégant de ses membres. Cela tranchait avec les photos qu’on se faisait du FLN (Front de libération nationale) dans le maquis en tenue militaire». «En voyant les photos, nous étions attirés par le sourire et l’élégance de ces jeunes négociateurs. J’avais l’habitude des milieux officiels où les gens sont bien habillés, mais avec des acteurs bien plus âgés. Là, c’était autre chose, c’était des jeunes de 30 à 40 ans. C’était frappant, je me faisais un plaisir de les prendre en photo», a-t-il dit.
Le photographe a indiqué, par ailleurs, qu’au moment des négociations, les autorités françaises, profitant de la présence de la presse internationale, ont organisé des déplacements de journalistes en Algérie, «pour se justifier en quelque sorte». «J’ai pu m’inscrire facilement et nous sommes partis à Oran. On nous a montré des endroits en Oranie. Nous prenions des photos qui étaient inimaginables avant, comme filmer un général, des soldats, où des villages récemment construits en pleine campagne», s’est-il rappelé, tout en citant une photo qu’il a prise d’un responsable des Sections Administratives Spécialisées (SAS) discutant avec un chef de village. «C’était de la propagande sur les bonnes oeuvres en Algérie», a-t-il dénoncé, précisant que la prise de photos était impossible en Algérie et que c’était du domaine très contrôlé des services gouvernementaux de l’époque. Sur un autre plan, M. Depardon s’est réjoui d’être considéré, bien plus tard après l’indépendance, comme «l’ami de l’Algérie», et qu’il aimerait y retourner, se balader, visiter les villages et les quartiers, parler avec les gens et prendre quelques photos. «Les gens sont surpris, mais c’est l’un des plus beaux pays avec sa diversité. Il y a des gens qui le savent, d’autres doivent le découvrir», a-t-il encore confié. n