Par Bouzid Chalabi
Les nouvelles plages horaires de distribution de l’AEP dans le grand Alger et ses banlieues tournent à la colère chez les citoyens.
Comme il fallait s’y attendre, la colère monte dans certains quartiers et faubourgs du grand Alger à la suite de coupure de l’alimentation en eau potable (AEP) toute à la fois intempestive et sur plusieurs heures. Devant cette fâcheuse situation, des citoyens n’ont pas hésité en effet à faire montre sur la voie publique de tout leur désarroi. Mais ce qui s’est passé au grand centre urbain dénommé «Kahwet Chergui» dans la banlieue est de la capitale où la protesta est montée d’un cran témoigne on ne peut plus que des populations entières souffrent grandement de manque prolongé d’eau potable. Jugeant du coup avec beaucoup de ténacité qu’elles sont en droit de demander des explications de la part des responsables de la distribution.
De prime abord, il convient de rappeler que le ministre des Ressources en eau Mustapha Kamel Mihoubi a, dans sa dernière sortie médiatique, indiqué que la distribution de l’eau potable en régime continu, c’est-à-dire en H24, «n’est plus possible dans la capitale et les zones urbaines immédiates suite à un déficit criant de l’offre. Une revue à la baisse drastique des plages horaires de distribution de l’AEP est nécessaire». Un appel à la population pour qu’elle se prépare à s’adapter au nouveau régime de distribution auquel de nombreux citoyens de la capitale ont d’ailleurs acquiescé. Cependant, au fil des jours, nombreux sont ceux qui ont fait volte-face après s’être aperçus de la disparité dans la plage horaire de distribution entre différents quartiers. «Non seulement la plage horaire est en deçà de celle annoncée, mais quand l’eau coule dans nos robinets, elle est à faible débit, alors que c’est le contraire dans d’autres quartiers. On souhaiterait savoir le pourquoi de ce deux poids deux mesures», estiment à l’unanimité des habitants de «Kahwet Chergui», approchés par Reporters. Un cadre de la Seaal, qui a tenu à garder l’anonymat, avance que dans ce grand quartier à forte population, «il existe des abonnés, et ils sont nombreux, à utiliser des pompes rendant ainsi le débit plus élevé à leur niveau, mais pénalisant leur voisins qui ne disposent pas de pompes». Faut-il savoir que dans ce quartier, les familles qui vivent en étage de l’immeuble sont les plus pénalisées du fait d’un manque suffisant de pression pour faire parvenir l’eau à leur robinet.
Ce qui a en quelque sorte «exacerbé plus d’un père ou mère de famille au point de décider ce mouvement de protestation à même de se faire entendre par les responsables locaux sur tout ce dont ils pâtissent par l’effet de coupure d’eau prolongée», confie à Reporters par téléphone un habitant de ce quartier. En somme, selon les aveux de nos interlocuteurs, «l’eau est inégalement répartie dans la capitale du moins dans sa banlieue Est». Et pourtant, le ministre du secteur avait assuré que «les plages horaires seront fixes et sous la formule du tourne over». Sur le terrain, c’est un autre scénario dans la mesure où c’est par journée entière que des quartiers de la capitale et de sa banlieue sont privés d’eau potable.
Ce faisant, il serait intéressant de savoir où le bât blesse. Des universitaires proches du dossier de la ressource hydrique et sa distribution convergent vers le fait que les infrastructures hydrauliques consacrées à l’AEP des villes disposent d’un apport quotidien qui semble en moyenne couvrir la quasi-totalité des besoins socioéconomiques, en tentant d’assurer un approvisionnement intra et extra régional plus ou moins équilibré. «Malheureusement, la prise en charge du transfert de la ressource au consommateur a montré ses limites par plusieurs aspects techniques de gestion structurelle», s’accordent-ils à dire. Citant en substance dans ce sillage, le défaut d’entretien et de réparation suffisant du réseau de distribution, le plus souvent non adapté au développement et à l’aménagement urbain. Sa vétusté est principalement la raison des déperditions chroniques, ainsi que les pratiques du piquage illicite.
Taux de déperdition alarmant et gaspillage à tout-va
A propos de déperditions chroniques, il importe de savoir que les normes conventionnelles de déperditions admises ne peuvent en aucun cas dépasser les 30% en situation normale, voire moins de 20% dans les cas de gestion rigoureusement intégrée, comme c’est le cas des pays plus ou moins développés. Chez nous, d’après une étude menée sur le terrain, le taux de déperdition avoisine les 42%, ce qui est inadmissible au regard d’une gestion convenable de la ressource hydrique. Ce dernier taux devient par ailleurs des plus inquiétants quand on sait que le pays ne cesse d’accuser un déficit hydrique en nette croissance ces dernières années et que surtout le gaspillage de ce précieux liquide est devenu chose courante chez nous.
A partir de ce constat alarmant, ne faudrait-il pas en priorité combler l’absence ou presque de vulgarisation et de sensibilisation en économie de l’eau du grand public dans le but de valoriser cette ressource pour mieux la protéger. C’est là tout l’enjeu à venir. <