Une trentaine de personnes sont passées hier en comparution directe devant le tribunal de Sidi M’hamed d’Alger. Toutes ont été arrêtées le samedi 7 mars lors d’une marche réprimée par les services de police sous la charge d’incitation à attroupement non armé.

Une accusation pour la moins significative de la perception, voire de la gestion qu’ont les autorités des manifestations publiques depuis le surgissement du Hirak sur la scène nationale. Qui semble indiquer, selon plusieurs observateurs, notamment les avocats et défenseurs des personnes qui ont été présentées devant le procureur de la République qui devait décider de leur sort, que la mobilisation nouvelle de la journée de samedi – elle est apparue depuis deux semaines tout au plus – irrite au plus haut point les chargés de police et de la sécurité publique habitués depuis plus d’une année aux seules journées de marche du vendredi et du mardi considérée comme la journée de rassemblement des étudiants. Dans un communiqué, ces autorités ont d’ailleurs parlé de « marche non autorisée» pour réagir aux accusations d’usage abusif de la force et de «répression» contre les manifestants durant cette journée du 7 mars.
Des personnes qui ont comparu, donc, vingt-neuf d’entre elles ont été remises en liberté après avoir passé une nuit au commissariat (celui de Cavaignac à Alger-Centre pour la plupart). Leurs procès, selon des avocats, sont programmés pour les journées du 14 et 26 avril prochains. Quatre autres personnes devraient connaître leur sort aujourd’hui après que la justice ait décidé de les garder, ce qui n’a pas laissé un bon sentiment chez les dizaines de personnes qui se sont rassemblées tôt le matin et qui sont restées jusqu’en milieu d’après-midi devant le tribunal de Sidi M’hamed, rue Abane Ramdane à Alger, pour apporter leur soutien et exprimer leur soutien aux prévenus en scandant des slogans pour une « justice libre et indépendante» et pour un «Etat civil, non militaire».
Les quatre prévenus sont Toufik Hassani, qui a été arrêté non pas samedi mais vendredi, Samir Benlarbi, Slimane Hamitouche et le journaliste Khaled Drareni pour lequel de nombreux confrères et consœurs ont exprimé leur solidarité en brandissant devant le tribunal des pancartes appelant à sa libération et scandant des slogans pour une justice libre. D’après les informations recueillies sur place, confirmées ensuite, Benlarbi, Hamitouche et Drareni ont vu leur garde à vue «prolongée de vingt-quatre heures» pour «complément d’enquête » puis reconduits à nouveau au commissariat de Cavaignac pour une décision de justice qui devrait intervenir aujourd’hui, sans doute dans le même climat de mobilisation qui, pour précision, a connu hier un deuxième temps après la décision prise par les manifestantes (et des manifestants) de la journée du 8 mars de faire passer leur cortège devant le tribunal de Sidi-M’hamed pour appeler à la libération des détenus d’opinion, selon
les cris de ralliement qu’on a pu recenser sur place aux alentours de 14 heures 20.

DGSN et vidéos des réseaux sociaux
A l’information de la prolongation de la garde à vue, des consœurs et confrères se sont dirigés vers le commissariat de Cavaignac pour se rassembler devant ce bâtiment de police et faire passer leur message de solidarité.
Par ailleurs, et durant la même journée d’hier, on a appris la mise en
liberté provisoire du manifestant Smail Mendas, arrêté à Boumerdes où la mobilisation, selon des activistes du Hirak, des avocats et des militants associatifs, a été « violemment réprimée» durant le 55e vendredi du mouvement populaire pour le changement. Une pétition a, ainsi, été lancée hier pour dénoncer cette « répression» ainsi que celle qui a sévi le «samedi 22 février, le vendredi 6 mars et le samedi 7 mars». Et qui a suscité de vigoureuses réactions chez les gens venus soutenir les «emprisonnés du 7 mars», dixit une manifestante.
Tout comme le démenti de la DGSN dont les agents sont accusés d’avoir abusé de leur recours à la force durant cette même journée. L’infirmation «catégorique » de la direction de la police nationale, selon laquelle il n’y a pas eu utilisation de la force, n’a pas convaincu les personnes qui l’ont commentée. «Et les images sur les réseaux sociaux, elles disent quoi ? », a glosé un militant associatif venu « soutenir les détenus». A côté de lui, un quidam n’a pas cessé de visionner les vidéos témoignant des charges lancées par des agents de l’ordre contre des marcheurs à hauteur du boulevard Victor-Hugo à Alger –centre.
Il est à souligner que ce n’est pas la première fois que la DGSN recoure au démenti dès qu’il est fait état notamment sur les réseaux sociaux de « dérives policières» particulièrement depuis la récurrence et la multiplication des manifestations populaires dans le sillage du mouvement citoyen pour le changement.

4 ans de prison pour deux manifestants qui avaient blessé un policier
Les manifestants qui avaient poussé du haut d’un fourgon de police un policier en mai dernier ont été condamnés hier dimanche par le tribunal de Sidi M’hamed à quatre ans de prison ferme. C’est la peine la plus lourde prononcée à l’encontre de détenus du Hirak depuis son début il y a plus d’un an, a indiqué le porte-parole du CNLD, Kaci Tansaout. Les deux jeunes manifestants avaient poussé volontairement un policier du toit d’un fourgon de police en mai 2019 lors d’un rassemblement devant la Grande poste. Le policier, qui aspergeait les manifestants de gaz lacrymogènes du haut du fourgon selon des témoins, avait été gravement blessé dans sa chute.