Une cinquantaine de personnes, outre la presse, ont répondu à l’appel du Comité national pour la libération de Louisa Hanoune pour la tenue, hier 18 mai, d’un rassemblement de solidarité et de soutien à la passionaria du PT.

Par Zoheir ABERKANE
Parvis de la Grande-Poste, 10h30. Une trentaine de policiers des forces anti-émeutes occupent depuis le matin les marches de cet édifice emblématique du Hirak. Les premiers militants du Parti des travailleurs (PT) ainsi que des membres du Comité de soutien à Louisa arrivent, banderoles sous les bras.

Djelloul Djoudi, membre de la direction nationale du PT et ancien parlementaire, est là. Il se dirige avec son groupe vers les marches de la Grande-Poste, mais se heurte au mur bleu des forces de l’ordre et au refus catégorique de leur officier, commissaire principal de son état. Face à l’insistance des présents de tenir leur rassemblement, il leur tient un discours surréaliste, sentencieux : «Le rassemblement de plus de deux personnes est interdit…» Djoudi, visiblement excédé, lui rétorque : «Nous ne sommes pas dans une situation d’état d’exception. Notre rassemblement est pacifique…» Vaines paroles. Pas question d’enjamber ne serait-ce qu’une marche des escaliers de la Grande-Poste.
Les manifestants rassemblés autour des banderoles réclamant la libération de Louisa Hanoune sont pris en étau par les forces de l’ordre, venues en renfort. Sans brutalité. Plus de flics que de manifestants. Quelques chaînes de télé sont sur les lieux. Des journalistes de la presse écrite, mais aussi des facebookers. Plusieurs «live» sont lancés simultanément. Comme celui de Mahrez Rabia, très suivi sur Facebook. Il est 11h. Salah Debbouz, l’avocat trublion, est le premier à répondre aux questions des journalistes. «L’incarcération de Louisa Hanoune est inacceptable ! Un homme politique, un syndicaliste ou dirigeant associatif ne peut être interpellé de la sorte parce qu’il fait de la politique ou exprime un point de vue politique, dans le cadre des dispositions définies par la loi et dans l’esprit de la Constitution… C’est un précédent grave qui sonne comme un avertissement à l’ensemble de la classe politique et n’augure rien de bon pour le devenir des libertés individuelles et collectives», dira-t-il. Il rappellera aussi que ce soutien et cette solidarité ne sont pas exclusifs à Louisa Hanoune, mais à tous les détenus d’opinion qui croupissent encore en prison. «Hadj Ghermoul est encore en prison parce qu’il s’est pris en photo avec une pancarte où il était écrit «Non au 5e mandat». Depuis le 22 février, c’est toute l’Algérie qui crie son refus du 5e mandat. Hadj Ghermoul n’a plus de raison d’être en prison ! Idem pour les détenus d’opinion de Ghardaïa pour leurs écrits sur Facebook ainsi que ceux du Hirak, interpellés au fil des vendredis». Il conclura en disant que les griefs retenus contre Louisa Hanoune sont fallacieux et dénués de tout fondement légal. Et d’ajouter : «La loi comporte suffisamment de dispositions souples pour éviter l’incarcération et la détention provisoire : le contrôle judiciaire, l’assignation à résidence, le bracelet électronique, l’Isn et encore ! La présomption d’innocence devrait être la première règle. Aujourd’hui, notre combat primordial, celui de tout le peuple, est la préservation de nos libertés et des espaces de liberté ! » Ramdane Youssef Taâzibt, autre figure de proue du PT, annoncera que le Comité national de soutien à Louisa Hanoune a déjà recueilli des milliers de signatures et le soutien de nombreuses personnalités nationales, dont il égrènera quelques noms, Assoul, Zenati, Saïd Khellil, Saâdi, Zohra Drif, Abdelkader Guerroudj et bien d’autres, mais omettra de citer Khalida Toumi… et des partis politiques, à l’instar du FFS, Jil Djadid, PST, et bien d’autres. Il citera aussi le soutien de nombreuses organisations, syndicats et partis aussi bien en Europe qu’ailleurs dans le monde. «Mélenchon, Besancenot, la CGT en France, mais aussi au Portugal, où le Parlement a voté une motion de soutien à Louisa Hanoune. Partout dans le monde, les militants de gauche, des causes justes et des droits de l’Homme sont choqués par cette arrestation. C’est dire aussi toute l’aura dont bénéficie Louisa Hanoune auprès de ces organisations en raison de sa proximité et du caractère internationaliste de sa militance.»
Pendant ces deux interventions, des curieux de passage se sont arrêtés, le rassemblement devenait de plus en plus important ce qui n’était visiblement pas du goût des forces de l’ordre. Discrètement dans un premier temps, presque avec le sourire, ils éloignent les nouveaux arrivants, les priant de poursuivre leur chemin. Une militante du PT se rend compte de la manœuvre : «Ils sont en train de nous disperser !» Trop tard. 11h30. L’ordre, dans un grésillement de talkie-walkie, est donné d’évacuer la place. Boucliers en avant, les membres des URS poussent doucement et sans violence, les manifestants de l’autre côté de la rue Khemisti, où l’on se rassemble à nouveau, scandant des slogans et des mots d’ordre hostiles au système et brandissant les banderoles en soutien à Louisa. Un policier en civil, radio à la main, assène : « C’est fini maintenant, on dégage !» Mais comme personne ne semble l’entendre, il agrippe une banderole et tente de l’arracher des mains d’un manifestant. En vain. Les cris « Djazair horra ! dimocratiya » (Algérie libre et démocratique), fusent. Taâzibt et Djoudi se concertent pour mettre fin au rassemblement. Sans encombre. Les manifestants se dispersent en se promettant de se retrouver lundi 20 mai devant le Tribunal militaire de Blida où Louisa Hanoune comparaîtra en appel.
Des escaliers de la Grande-Poste à celle du Tribunal militaire de Blida, les marches de la démocratie sont dures à gravir…