Si du côté du département de la régulation auprès du ministère du Commerce on continue d’affirmer que des quantités importantes de farine sont mises à la disposition des artisans sans interruption, du côté des boulangers on affirme que sur le terrain, c’est tout le contraire.

Par Bouzid Chalabi
Un imbroglio qui pénalise énormément les citoyens, dès lors où la baguette de pain ordinaire à 10 DA, c’est-à-dire à base de farine, se fait de plus en plus rare, voire introuvable dès les premières heures de la matinée. Obligeant ainsi les retardataires, du moins pour ceux qui le peuvent, à se rabattre sur la baguette à base de semoule cédée à 15 DA et présente à profusion sur les étals des boulangeries. Du coup, les consommateurs ont le droit de connaître les véritables raisons d’une telle situation.
Selon le Directeur général des activités commerciales et de l’organisation au ministère du Commerce, Sami Kali, qui intervenait à El Hiwar, «des artisans boulangers peu scrupuleux sont à l’origine de cette tension sur le pain ordinaire car voulant mettre à profit la vague des feux de forêt qui a sévi dans de nombreuses wilayas du Nord du pays». Et d’expliquer dans ce sens : «Ces boulangers indélicats se sont adonnés à des pratiques spéculatives de sorte à grossir leur entrée d’argent, consistant à produire en petite quantité les baguettes de pain ordinaire et en parallèle multiplier les fournées à base de semoule, dont la marge bénéficiaire est plus importante». Et pour se justifier devant leurs clients, «ils n’ont pas hésité à donner comme prétexte qu’ils ne recevaient pas en quantité suffisante la farine, sans compter le retard dans l’approvisionnement de cette matière première». Le Directeur général a révélé dans ce sens «un stratagème qui a fait tâche, mais que nos services ont vite fait de mettre à nu». Sur ce dernier point, il a fait savoir que «les opérations de contrôle se sont soldées par la mise en demeure de 181 artisans boulangers». Et de marteler dans la foulée qu’«à aucun moment il n’y a rupture dans la distribution de la farine. Preuve en est, toutes les minoteries du pays n’ont connu aucun arrêt de leur chaîne de production. Mais pas seulement. Malgré la période des congés de nombreuses minoteries ont continué à tourner à plein régime.» A cet effet, Sami Kali reste convaincu que «la farine n’a jamais manqué, mais c’est du côté de la corporation des boulangers qu’il faut chercher les véritables raisons de cette rareté de la baguette de pain ordinaire», a-t-il conclu.
Or du côté des boulangers, c’est un autre son de cloche. En effet, ces derniers mettent en avant que s’ils ne produisent pas assez de pain ordinaire, c’est pour la simple raison que «de nouvelles règles de livraison leur ont été imposées par le ministère du Commerce». Entre autres, «la charge de la livraison n’est plus du ressort de l’Etat et, par voie de conséquence, le coût de revient à la production de la baguette de pain ordinaire réduit notre marge bénéficiaire alors qu’elle est déjà minime», explique à Reporters le président de la Fédération des boulangers, Omar Ameur. Non sans ajouter : «Avec cette restriction de notre marge bénéficiaire, beaucoup d’entre nous pensent à ne plus produire de pain ordinaire, mais par souci de ne pas pénaliser leur clientèle, ils vont se contenter de réduire leur production de pain ordinaire». Autre son de cloche. Il nous vient du président de l’Union nationale des commerçants algériens (Anca) Hadj Tahar Boulanouar. Ce dernier considère, dans son dernier communiqué, que «le manque de pain ordinaire résulte d’un dysfonctionnement dans le réseau de distribution de la farine générant ainsi un déficit en approvisionnement des boulangers». Toujours à propos de perturbation, le président de l’Anca évoque une autre piste qui, du moins, tient la route. Selon ce dernier, «certains boulangers préfèrent s’approvisionner auprès des grossistes afin d’éviter de facturer leurs achats chez les minoteries».
En définitive, il serait temps de mettre de l’ordre dans un secteur aussi stratégique que celui de la production et de la commercialisation du pain. C’est d’autant plus impératif au vu des besoins importants des populations, étant le produit alimentaire de base le plus consommé chez nous.