Les institutions de Bretton Woods avertissent contre l’accélération de l’inflation en 2018 et en 2019. La Banque mondiale, dans son dernier rapport sur l’évolution de l’économie algérienne, publié hier, table sur une inflation de 7,5 cette année et de 8,1 en 2019 avant que celle-ci ne grimpe à 9% en 2020.

Le FMI a, à son tour, relevé ses prévisions pour l’inflation à 7,4% cette année contre une projection initiale de 4,4%. La projection pour 2019 se situe autour de 7,6%.
La Banque mondiale précise que cette inflation est due, en partie, à la création monétaire pour financer les déficits. « Le secteur hors hydrocarbures subira l’essentiel du processus de rééquilibrage des finances publiques que les autorités envisagent de reprendre vers le milieu de 2019. Il sera toutefois difficile de résister à la tentation de retarder à nouveau ce rééquilibrage, même si le pays se dirige vers une crise financière déclenchée par le recours au seigneuriage pour financer le déficit budgétaire », lit-on dans le rapport de la Banque mondiale sur l’économie algérienne, publié hier. Au tableau des indicateurs macroéconomiques, la tension devrait augmenter d’un cran, selon les prévisionnistes de l’institution de Bretton Woods, puisque les déficits vont s’aggraver en 2018. « Le double déficit continuera de s’aggraver en 2018, et l’intention manifestée par les autorités de recourir au financement monétaire est très préoccupante ». Selon les prévisions de la Banque mondiale, le déficit budgétaire de l’Algérie devrait augmenter en 2018 pour atteindre 11,4 % du PIB. « La persistance du déficit budgétaire pourrait toutefois provoquer une forte création de monnaie, les autorités ayant jusqu’à présent refusé de financer le déficit en procédant à des emprunts extérieurs. Les projections indiquent une faible diminution du déficit du compte courant qui tombera à 10,2 % en 2020 », souligne le même rapport. Le FMI table, quant à lui, sur un déficit du compte courant de 9,3% du PIB en 2018 et de 9,7% en 2019. Sur l’usage de la planche à billets dans le financement des déficits, l’institution de Christine Lagarde suggère en cas de maintien du financement monétaire de mettre en place des « sauvegardes robustes » pour le plafonner en volume et en durée, tout en lui appliquant un taux de marché. Les experts de Washington s’attendent également à une accélération de la fonte des réserves de change pour ne plus représenter que cinq mois d’importations d’ici 2020. Ils ne cachent pas leur embarras quant aux perspectives inquiétantes de l’économie algérienne.
« L’économie se heurte à des difficultés qui tiennent au mécontentement social et à la gestion d’une nouvelle politique monétaire non conventionnelle », souligne le rapport de la Banque mondiale. Sur cette politique, les experts de Washington reconduisent leur inquiétude pour le moyen terme, puisque sur le court le financement non conventionnel « allège les contraintes sur les finances publiques, mais donne de fausses indications sur la réorientation envisagée pour l’économie, qui vise à réduire la dépendance par rapport aux hydrocarbures, et sur le rôle de l’État », estiment les experts de la Banque mondiale. D’autre part, l’intensification du mécontentement de la population suscité par le gel des dépenses publiques, l’alourdissement de la fiscalité et l’ampleur du chômage des jeunes risque de complexifier davantage une situation économique qui vire au rouge. Face à cette situation, le FMI a estimé qu’une « masse critique de réformes structurelles » est « nécessaire » pour promouvoir l’émergence d’une économie tirée par le secteur privé et diversifiée, et réduire ainsi la dépendance au pétrole et au gaz. Il s’agit aussi de recourir à un large éventail d’instruments de financement, notamment l’émission de titres de dette publique au taux du marché, les partenariats publics-privés, et les ventes d’actifs, souligne le Fonds dans sa dernière mise à jour des perspectives de l’économie algérienne, diffusée hier. Pour ainsi dire, les institutions de Bretton Woods se montrent inquiètes quant à l’évolution des indicateurs macroéconomique de l’Algérie, voire critiques sur l’usage de la planche à billets pour le financement des déficits ainsi que sur l’abandon de certains ajustements budgétaires. Les déficits, qui restent inquiétants et excessifs, ne sauraient se résorber que par un dosage approprié des réformes budgétaires et économiques, s’accordent à dire les experts de Washington.