Le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Loukal, a été très critiqué par les députés à l’issue de son exposé du rapport annuel 2015 et des neufs premiers mois de 2016 sur l’évolution économique et monétaire du pays, même si cette situation date d’avant sa désignation à la tête de la Banque centrale.

Bien que le rapport ait fait état d’indicateurs macro-économiques dans le «rouge», reflétant clairement une «crise financière» en Algérie, M. Loukal a affirmé que la gestion de l’Etat a permis une «situation économique confortable» en dépit des «contrecoups de la crise financière mondiale marquée par la chute des cours du brut depuis septembre 2014» et «le recul des exportations hydrocarbures». Toutefois, ce recul des prix du pétrole n’est pas la seule cause ayant impacté sur l’économie nationale. La forte dépendance de la rente pétrolière et l’embellie financière qui a résulté des pics de cours de l’or noir autour des 100 dollars en moyenne ont également eu un effet négatif malgré une gestion «judicieuse» de la situation financière et monétaire.
Mais surtout, la forte hausse du dollar face à l’euro a impacté les revenus du pays, selon lui. L’autre élément «aggravant», note M. Loukal, est «la hausse vertigineuse des dépenses publiques». Ainsi «le déficit budgétaire a plus que doublé» en 2015 pour représenter 15,4% du PIB (Produit intérieur brut) financé par les réserves du Fonds de régulation des recettes (FRR) à hauteur de 53% de son total qui était de 4 335,6 milliards (Mds) de dinars (DA) à fin 2014, en un an, pour baisser à 2 058 Mds DA à fin 2015. A fin février, 2016, il a atteint son «plus bas niveau avec 740 Mds DA».
En deux ans, la diminution des revenus de ce fonds a enregistré un taux de 62,8%. En effet, le déficit budgétaire, enregistré pour la 7e année consécutive, a été évalué à 2 553,2 Mds DA. Autre indicateur révélateur de la situation financière du pays, la balance de paiement marquée par un déficit de 16,5%, alors qu’il était de 4,4% un an plus tôt entraînant ainsi un déficit du solde global de l’ordre de 16,7% du PIB. Conséquence, les réserves de change ont chuté à 144,1 Mds de dollars représentant «27 mois d’importation de biens et services», selon le gouverneur. En 2013, l’encours a atteint 194 Mds de dollars.

 

En 2016, le dinar a affiché une «stabilité» face au dollar
L’impact a aussi eu pour effet «néfaste» sur la valeur de la monnaie nationale, le dinar, pour une baisse de près de 20% (19,81%) face au dollar et de 3,8% face à l’euro, en 2015. En 2016, cette baisse est de 2,94% face au dollar et de 4,64% face à l’euro. Au 3e trimestre de cette même année, il a affiché «une stabilité claire» pour valoir en mai 110,6 DA pour 1 dollar et à fin décembre 110,5 DA, selon le gouverneur. Face à l’euro, «il a connu une amélioration sensible», en avril 124,1 DA pour 1 euro et 123,26 DA en octobre. A fin décembre 2016, il valait 116,3 DA pour 1 euro.

 

Problème de liquidité
En raison de la baisse des dépôts du secteur des hydrocarbures, la liquidité a baissé de 6,3 Mds DA en 2014 à 2 135 Mds DA en 2015 en moyenne annuelle. En fin de période, la liquidité s’est contractée de 32,9% passant de 2 730,9 Mds DA à fin 2014 à 1 832,6 Mds DA à fin 2015. Les avoirs externes ont diminué de seulement 2,3% soit 359,1 Md DA en raison de l’effet de conversion du stock en dinars. Au titre du déficit du solde global de la balance des paiements, la liquidité a diminué de 2 741,7 Mds DA. Cette diminution a été en partie compensée par la variation négative de 2 336,6 Mds DA des dépôts de Trésor, soit le compte courant du FRR auprès de la Banque d’Algérie. Enfin, une augmentation de la circulation fiduciaire hors Banque d’Algérie a atteint 449,2 Mds DA, soit un accroissement de 12,3%. Quant aux crédits à l’économie, M. Loukal a relevé que 93,7% du total sont financés par les banques publiques pour le moyen et long termes. A septembre 2016, un total de 992 Mds DA a été octroyé à cet effet. Egalement, l’emprunt national de croissance économique a été essentiellement financé par les grandes entreprises publiques, a fait savoir le gouverneur. Enfin, la croissance économique a enregistré 3,6% et l’inflation tourne autour de 4%, selon les chiffres du Gouverneur.

 

Hommage à Bakhti Belaïb
C’est pour tous ces chiffres que le gouverneur a été très critiqué par les députés de différentes obédiences, lors des débats, qui ont relevé qu’ils datent d’avant son arrivée à la tête de l’institution. Un député ne l’a pas ménagé en lui assénant un coup fort sur son passif à la tête de la Banque extérieure d’Algérie (BEA). Un autre député du FLN ne l’a pas également épargné en lui demandant des comptes sur chaque sou sorti des banques algériennes en termes de crédits. Les députés sont allés jusqu’à citer une entreprise responsable de fuite des capitaux, en l’occurrence Ooredoo qui est nullement inquiétée. Enfin, les députés ont profité de cette occasion pour rendre hommage au défunt ministre du Commerce, Bakhti Belaïb, qui«en dépit de la maladie, il a mené un combat contre les lobbies d’importateurs véreux».