Dans un entretien à l’APS, l’historien Mohammed Ould Si Kaddour El-Korso estime que le rapport de remis mercredi au président français Emmanuel Macron «interpelle d’abord l’ensemble de la classe politique française à se réconcilier avec sa propre mémoire».

«Le même effort est demandé aux citoyens français qui doivent d’abord se réconcilier avec leur propre mémoire», poursuit l’historien, considérant que la «guerre des mémoires» est d’abord une guerre entre «mémoires françaises». De son côté, le sociologue et historien Hassan Remaoun souligne qu’ «il ne s’agit pas de l’élaboration d’une nouvelle version de l’histoire de la colonisation française en Algérie et de la Guerre de libération nationale, mais plutôt de la présentation d’un état des lieux mémoriel et des retombées que cela suscite dans les relations franco-algériennes», dont l’objectif est «d’assumer le lourd contentieux légué dans ce domaine par l’histoire et d’apaiser autant que possible les mémoires de tous les concernés», a-t-il ajouté, affirmant que Benjamin Stora «a essayé de jouer un rôle de facilitateur en proposant des voies et moyens susceptibles, notamment du côté français, d’aller dans cette voie».
Hassan Remaoun soutient que des «excuses ou une repentance des Français ne rendraient pas justice à tout ce que notre peuple a subi», même si, estime-t-il, «une reconnaissance des crimes commis nettement affirmée pourrait contribuer à l’apaisement des relations entre les deux peuples». Pour Mohammed El-Korso, le rapport Stora constitue une «avancée», par rapport aux positions de la classe politique française qui «ont prévalu au lendemain du recouvrement de la souveraineté nationale de l’Algérie et qui prédominent jusqu’à ce jour au niveau de certains cercles qui font preuve d’une grande crispation dès qu’il s’agit de la colonisation de l’Algérie et de Guerre de Libération nationale». «Même s’il ne sous-estime pas la complexité d’une pareille question, Stora, lui-même, considère qu’une avancée pourrait être possible, comme il y a pu en avoir quelques-unes dans le passé», a déclaré M. Remaoun, ajoutant que le rapport aux mémoires n’implique pas seulement les Etats, mais aussi «des segments très diversifiés dans chacune des sociétés concernées, avec des opinions parfois très clivantes dans chacun des pays concernés».
L’historien Hassan Remaoun estime que l’émergence de nouvelles générations qui «renouvellent les questionnements et les projets de société, et le travail d’accumulation des connaissances opéré par les historiens à partir de postures critiques et méthodologiquement fondées» peuvent prêter à l’optimisme et ce, même si «les effets ne se font pas sentir dans l’immédiateté». Ce qui explique, selon lui, le fait que l’apologie de la domination et de l’idéologie coloniale est partout battue en brèche. L’Algérie, affirme-t-il, «n’est malheureusement pas la seule concernée par la question, même si nous nous considérons et sommes considérés par d’autres comme un cas emblématique». Hassan Remaoun pense que «d’importantes questions ont été posées dans ce texte et c’est le cas notamment pour celle portant sur les archives et la question de la reconnaissance de la tragédie subie par les Algériens». Et de conclure que c’est une «négociation qui est en cours et le tout est de savoir en fixer les objectifs et les étapes à traverser». «Il faudra de même mobiliser toutes les ressources nécessaires pour la mener au mieux!», a-t-il suggéré.
Source APS. Le titre est de la rédaction.