Quelques jours seulement après l’alerte donnée par la Banque centrale, quant à une inflation en forte hausse, annonçant une fièvre inflationniste de 9,2%, la Banque mondiale est venue en rajouter une couche, pointant une inflation croissante qui «détériore les conditions de vie».

Par Hakim Ould Mohamed
«Une récolte décevante, les efforts de rationalisation des subventions et la dépréciation de la monnaie nationale contribuent à une hausse marquée de l’inflation», écrit la Banque mondiale dans son rapport de suivi de l’économie algérienne. L’institution de Bretton Woods rejoint la Banque d’Algérie dans ses estimations de la pression inflationniste, relevant qu’en octobre, l’indice des prix à la consommation avait augmenté de 9,2 % en glissement annuel, un sommet depuis 2012.
En plus de l’effet pervers de la dépréciation du dinar, les efforts de rationalisation de subventions alimentaires et des importations «ont contribué à une augmentation rapide des prix des produits alimentaires frais et industriels (+16,5% et +12,3 % en glissement annuel, respectivement)». Dans le même temps, soutient la Banque mondiale, les prix des produits importés et des biens manufacturés ont continué de grimper à un rythme élevé et accéléré, alimentés par une dépréciation soutenue du taux de change. Bien sûr, cette forte pression inflationniste ressentie tout au long de l’exercice n’a pas été sans conséquences sur le pouvoir d’achat des Algériens. «Le pouvoir d’achat du segment le plus vulnérable de la population a été disproportionnellement affecté en 2021, compte tenu du poids majeur des produits alimentaires dans son panier de consommation», pointe l’institution financière mondiale. Les perspectives ne sont pas sans risques, à en croire les projections des experts de la Banque mondiale. Dans leur rapport, ils disent s’attendre à ce que «l’inflation reste élevée pendant la période de projection», soit sur la période 2021-22, «détériorant ainsi le pouvoir d’achat des ménages dans la mesure où la dépréciation du taux de change et les politiques de compression des importations entraînent une raréfaction des produits importés, ainsi qu’une augmentation du coût de la consommation et de l’investissement».

Une BM moins optimiste que la BA
Cependant, au chapitre de la croissance, les experts de la Banque mondiale se sont montrés moins optimistes que les responsables de la Banque d’Algérie, anticipant un rebond de 4,1% seulement en 2021, «puis diminuant progressivement à moyen terme». «Toutefois, les entreprises et les ménages ont été gravement touchés par la crise économique et, en l’absence d’un programme de réformes structurelles rapide et décisif pour relancer la croissance, les segments hors hydrocarbures de l’économie ne se redressent que progressivement, la reprise des investissements et du crédit étant retardée», souligne l’institution de Bretton Woods.
Au plan des indicateurs macroéconomiques et budgétaires, il est attendu que le solde du compte courant s’améliore «nettement en 2021 et 2022 avec le pic des exportations d’hydrocarbures, mais se détériore ensuite». Cela signifie que l’amélioration des indicateurs est liée intimement à la hausse des prix du pétrole sur le marché mondial, alors que les efforts visant à comprimer les importations, bien que soutenus, «sont en partie compensés par l’augmentation des importations d’intrants et d’équipements pour soutenir l’investissement, la production nationale et la reprise et par la hausse des prix à l’importation», estiment les experts de la BM. C’est-à-dire que le pays reste toujours dépendant des recettes des hydrocarbures et «sa marge de manœuvre s’est réduite». Ce pourquoi, la Banque mondiale estime que la mise en œuvre de réformes structurelles visant à accroître la compétitivité, tout en rétablissant les équilibres macroéconomiques et en protégeant les ménages algériens, sera essentielle pour favoriser l’indépendance de l’Algérie vis-à-vis des recettes des hydrocarbures. Faute de quoi, dans un contexte d’inflation croissante des prix à la consommation et à la production, l’apport soutenu de liquidités par la Banque d’Algérie, la dépréciation du taux de change et la compression des importations «auront un impact croissant sur la stabilité monétaire, la reprise économique et le niveau de vie des Algériens».