Les retombées financières de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) sont énormes et pourraient complètement changer la configuration socio-économique du continent. C’est ce qui ressort d’un rapport établi par la Banque mondiale (BM), en partenariat avec le Secrétariat du Zlecaf, et publié en fin de semaine dernière sur son site web.
Intitulé «Making the Most of the African Continental Free Trade Area», le rapport de la BM élargit le travail effectué en 2020, évaluant le potentiel économique de la Zlecaf. Pour rappel, l’accord est entré en vigueur en janvier 2021, à travers une première phase consacrée à l’élimination progressive des droits de douane sur 90% des marchandises, ainsi qu’à la réduction des obstacles au commerce des services. Attendu pour faire sortir de leur hibernation, les potentialités d’échanges entre les pays africains et leur insuffler une dynamique révolutionnaire, l’accord interafricain pourrait augmenter les revenus régionaux de 9% d’ici 2035, estime la BM. «Une fois entièrement mis en œuvre pour harmoniser les règles d’investissement et de concurrence, l’accord commercial pourrait accroître les revenus régionaux de 9%, soit 571 milliards de dollars d’ici 2035», prévoit l’institution de Bretton Woods. Sur le registre de l’emploi, l’accord pourrait générer 18 millions de nouveaux postes, 2,5% des travailleurs du continent se dirigeant vers de nouvelles industries.
Ce qui permettrait à terme de porter à 50 millions le nombre de personnes sortant de l’extrême pauvreté», poursuit le rapport.
Les conséquences de l’accord se vérifieront également au niveau des salaires des femmes et les travailleurs qualifiés, prévoit encore le document, soulignant que «les salaires des femmes devraient être supérieurs de 11,2% en 2035 par rapport au niveau de salaires en l’absence de l’accord, dépassant la croissance de 9,8% des salaires des hommes».
Ce deuxième rapport de la BM examine les effets d’un marché commercial plus vaste sur la capacité du continent à attirer les investissements des pays africains que de l’extérieur, et l’impact économique qui en résulte. Ce sont, à cet effet, deux scénarios qui sont examinés afin d’évaluer les avantages pour un marché de plus de 1,3 milliard de personnes avec un PIB combiné de 3,4 trillions de dollars.
Dans les principales conclusions de son rapport, l’institution internationale mentionne que la Zlecaf a «le potentiel d’encourager les investissements directs étrangers nécessaires pour que l’Afrique se diversifie dans de nouvelles industries, telles que l’agroalimentaire, l’industrie manufacturière et les services, et de réduire la vulnérabilité de la région aux cycles d’expansion et de ralentissement des produits de base»
«Une intégration plus profonde, au-delà du commerce et des mesures de facilitation des échanges, qui harmonise les politiques en matière d’investissement, de concurrence, de commerce électronique et de droits de propriété intellectuelle, pourrait stimuler l’efficacité et la compétitivité du marché, réduire les risques réglementaires et attirer encore plus d’investissements directs étrangers», insiste la même source, soulignant que «l’augmentation des IDE pourrait faire croître les exportations africaines jusqu’à 32% d’ici 2035, avec une augmentation de 109% des exportations intra-africaines, notamment dans les secteurs des produits manufacturés». Avec la réduction des obstacles au commerce et à l’investissement, les secteurs d’exportation susceptibles de connaître la plus forte croissance sont le textile et les vêtements, les produits chimiques, le caoutchouc et le plastique, ainsi que les aliments transformés, selon le même document. Lequel met également l’accent sur l’intégration que l’Afrique doit approfondir davantage pour réduire les coûts du commerce et augmenter les entrées de capitaux. Pour insister sur la question de l’intégration, la BM rappelle le constat fait par le Secrétaire général du Secrétariat de la Zlecaf, Wamkele Mene. «Aujourd’hui, l’Afrique est l’une des régions les moins intégrées au monde, les pays africains commercent davantage avec le monde extérieur qu’entre eux. Cet accord peut aider les pays à simplifier et à harmoniser les procédures de commerce et de transit, à améliorer les infrastructures, le transport et la logistique et à stimuler les flux de marchandises, de services, de capitaux et de personnes qui sont si essentiels au développement», a indiqué, à plusieurs reprises, M. Mene.