Le rapport annuel de l’ONG Transparency International sur la perception de la corruption dans le monde a été dévoilé hier, établissant, comme chaque année, un classement de 176 pays, notés sur 100 à partir des avis d’experts d’organisations telles que la Banque mondiale, la Banque africaine de développement ou la Fondation allemande Bertelsmann.

Comme dans ses précédents rapports, l’Algérie continue d’occuper le bas du classement, se classant à la 108e position avec un score de 34. Le pays retrouve son score de 2012 ; alors que depuis cette date, il a gagné quelque 2 points avant de les perdre. Transparency International explique que dans les pays les moins bien classés « même lorsque les lois anti-corruption sont en vigueur, elles sont souvent contournées ou ignorées ». Corruption et passe-droits sont loin d’être propres à l’Algérie, mais c’est toute la région Moyen-Orient et Afrique du Nord qui en est gangrenée. A ce propos, Transparency estime que « malgré les changements politiques qui ont secoué la région arabe six ans durant, l’espoir pour les populations de ces pays de lutter contre la corruption et de mettre fin à l’impunité n’a pas encore progressé. Cela explique la forte baisse constatée [des scores obtenus, NDLR] dans la plupart des pays arabes, sachant que 90% ont obtenu une note en dessous de 50, ce qui est un échec ». Faut-il rappeler qu’au printemps 2016, la même ONG avait publié les résultats d’un sondage effectué auprès des populations des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord dans laquelle elle faisait ressortir que « près d’un citoyen sur trois qui a tenté d’accéder aux services publics de base au Moyen-Orient et en Afrique du Nord a payé un pot-de-vin […] Le sondage d’opinion mené auprès de plus de 11 000 adultes dans 9 pays et territoires [Algérie comprise] note que la majorité des répondants (61%) pensent que le niveau de corruption a augmenté au cours des 12 derniers mois [de 2015] ; et 30% ont admis avoir payé un pot-de-vin pour un service de base ; un taux qui représente l’équivalent de près de 50 millions de personnes dans toute la région». Dans le reste du monde en revanche, Transparency International s’inquiète de l’émergence d’un cercle vicieux où « essor des populismes et corruption se nourrissent mutuellement », adressant à cet égard une mise en garde au président américain Donald Trump. « 2016 a montré que la corruption systémique mondiale et les inégalités sociales se renforcent mutuellement, conduisent au désenchantement populaire » et « fournissent un terrain fertile à la montée des populismes », a-t-elle indiqué.
L’ONG pointe à ce titre du doigt la Turquie du président Recep Tayyip Erdogan, passée en un an du 66e au 75e rang, et la Hongrie du Premier ministre Viktor Orban, 57e cette année (50e en 2016). Transparency International observe également avec circonspection les débuts de Donald Trump, investi vendredi dernier : « Ses premiers pas ne sont pas prometteurs. Quand on voit (qu’il) a nommé son gendre (Jared Kushner) haut conseiller à la présidence, ce n’est pas bon signe », estime M. Heinrich. Selon lui, « si (M. Trump) tient sa promesse de combattre la corruption, je pense que les Etats-Unis – 16e l’an dernier et 18e cette année – peuvent s’améliorer. Mais au vu de ses décisions, nous craignons qu’il y ait une chute ». Il y a lieu de savoir que le travail de Transparency s’appuie sur des données collectées par 12 organismes internationaux, dont la Banque mondiale, la Banque africaine de développement ou le Forum économique mondial. Sans surprise, les pays nordiques – Danemark (1er), Finlande (3e), Suède (4e), Norvège (6e) – occupent le haut du classement dévoilé.