Le rapport Algeria 2016 du Cabinet en Intelligence économique, Oxford Business Group, publié ce mois de janvier, fait ressortir que l’économie algérienne reposera à l’avenir sur les secteurs « clés » de l’agriculture et de l’industrie. Des premiers résultats apparaîtraient dans les trois à cinq prochaines années, selon son directeur éditorial, Robert Tashima.

Bien que « les hydrocarbures restent le pilier de l’économie algérienne», en dépit de la chute des prix du pétrole en 2014, «le gouvernement a redoublé d’efforts pour encourager les investissements dans d’autres secteurs, notamment dans l’industrie et l’agriculture», indique le rapport. OBG estime que ces deux secteurs sont des « valeurs sûres » pour les années à venir. M. Tashima expliquera : « L’Algérie a subi l’impact de la baisse soutenue des prix mondiaux du pétrole, notamment en termes de recettes fiscales et de réserves de change, mais les politiques avisées des années précédentes ont contribué à protéger l’économie contre des effets plus conséquents. La conjoncture mondiale complexe des dernières années a également facilité les efforts du gouvernement pour diversifier son développement dans les secteurs secondaire et tertiaire, ce qui devraient produire des résultats significatifs dans les trois à cinq prochaines années ». Cependant, le rapport estime que malgré la disponibilité de diverses ressources naturelles et le coût bas des énergies, « l’industrie hors hydrocarbures peine à se développer en Algérie ». Le gouvernement a priorisé ce secteur qui « semble sur le point de décoller », estime-t-on de même source.
Pour ce faire, il a mis en place des mesures incitatives à l’investissement et un plan de développement de 50 zones industrielles. La valeur ajoutée de l’industrie a atteint les 900 milliards DA en 2015, selon le rapport. Dans le cadre du plan visant à réduire la dépendance aux hydrocarbures, 50 nouvelles zones industrielles sont en planification pour le développement de son industrie. Ainsi, « la priorité sera accordée au développement de la production nationale tout en réduisant les importations industrielles », indique le document. A titre indicatif, le rapport cite la région de Sétif qui « est l’une des principales zones économiques d’Algérie bien qu’elle ne soit que peu connue de la communauté d’affaire internationale. La région a de fortes perspectives de développement industriel et agricole ». Dans le cadre de sa stratégie, afin de rendre le marché plus attrayant aux investissements étrangers, le gouvernement a amélioré l’accès au financement et au foncier pour les activités industrielles. Les services financiers sont en voie de modernisation, signale le rapport d’OBG. Les banques et les assurances « recherchent de nouvelles façons de répondre aux besoins des PME », ajoute-ton. « Les 6 banques publiques et les 14 banques privées dominant le marché financier algérien recherchent de nouvelles sources de revenus en diversifiant leur gamme de produits et en s’attelant à stimuler des taux de pénétration et d’intermédiation traditionnellement bas », précise le rapport. L’OBG rappelle que « les crédits à l’économie ont atteint quasiment 53,7 % du PIB hors hydrocarbures en 2015, soit une hausse de 1,9 point de pourcentage en 2014. Les crédits bancaires au secteur privé ont presque doublé de 2010 à 2015».

Augmenter les exportations hors hydrocarbures

Par ailleurs, l’Algérie tente de « créer de la richesse en accroissant ses exportations, particulièrement à travers le continent africain ». Dans cette perspective, l’agriculture possède un potentiel « prometteur » pour augmenter ses exportations vers l’Afrique et l’Europe, estime le cabinet en Intelligence économique. Le secteur a bénéficié de capitaux de l’ordre de 2,5 milliards d’euros en 2016 dans le cadre de la récente initiative Felaha 2019 qui s’appuie sur le programme d’investissement public pour la période 2015-2019. A ce sujet, le ministre de l’Agriculture, Abdesselam Chelghoum, a déclaré à obg que « le potentiel de développement du secteur agricole est élevé notamment en raison du climat méditerranéen et de l’utilisation restreinte de produits chimiques. Ces atouts offrent la possibilité de produire à longueur d’année des fruits et légumes de qualité ainsi que des produits biologiques ». Dans ce domaine, l’Algérie est également en mesure de produire des biens pour l’exportation», selon M. Chelghoum. La politique actuelle de diversification économique repose sur l’exportation de produits traditionnellement vendus par l’Algérie dont les fruits et légumes (notamment les pommes de terre et les dattes), la caroube et le vin et de biens avantageusement concurrentiels tels que les produits agricoles cultivés hors saison et ceux d’origine animale comme l’agneau, précise le ministre. La valeur ajoutée de l’agriculture a grimpé de 64 % de 2005 à 2015, rappelle OBG. En dépit de la voie tracée pour diversifier son économie, l’Algérie demeure liée à son secteur énergétique. « Tout en tentant de freiner l’impact du ralentissement mondial des prix du pétrole et de soutenir la croissance économique, l’Algérie continue de miser sur l’exploitation de ses ressources naturelles en encourageant la production d’hydrocarbures pour compenser la baisse des prix », indique le rapport d’obg qui rappelle, quand même, la « libéralisation » du secteur des énergies renouvelables pour la production d’électricité. « Les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique sont des domaines clés pour le développement et l’investissement », reprend obg.

De nouveaux modèles de financement
« Bien qu’une réduction des investissements soit plus susceptible de se produire au cours des prochaines années, de nouveaux modèles de financement pourraient offrir certaines opportunités de croissance », selon le rapport d’Obg qui estime que « l’infrastructure de transport algérienne est en pleine expansion avec le développement et la modernisation des aéroports, des ports et des réseaux routiers et ferroviaires ». Le secteur de la construction, quant à lui, « a connu une hausse de 5,3% en 2015 grâce à un certain nombre d’investissements importants dans les infrastructures et le logement. Représentant 10,2% du PIB, la construction devrait continuer à offrir un certain nombre d’opportunités de croissance dans quelques segments-clés comme le logement, les infrastructures et l’industrie », souligne-t-on de même source. Le rapport parle aussi des « efforts considérables » qu’a fourni l’Algérie pour « améliorer l’accès à des soins médicaux de qualité et pour contenir les maladies contagieuses. En effet, des années d’accumulation de revenus pétroliers ont permis au gouvernement de financer largement le système de santé et d’investir massivement dans les cliniques et les hôpitaux ».

Rééquilibrage  budgétaire
En 2015, l’équilibre des finances publiques a atteint -16,2% du PIB, rappelle le texte d’OBG. A ce propos, « face au ralentissement de la production et des exportations pétrolières, la hausse des dépenses publiques ces dernières années a creusé des déficits importants au niveau de la balance commerciale et des finances publiques. Ils devraient cependant être réduits alors que les réductions budgétaires, les efforts d’élargissement de la base d’imposition et les mesures de diversification commencent à payer », signale-t-on de même source. Pour augmenter ses réserves de change, l’Algérie mise sur « le renforcement des investissements en Afrique subsaharienne et la promotion de nouveaux partenariats commerciaux à travers le continent jouent un rôle clé dans la stratégie de développement économique à long terme de l’Algérie, a déclaré le PDG d’OBG, Andrew Jeffreys, en rappelant qu’après avoir accueilli le Forum africain d’investissement et d’affaires en décembre dernier, le pays sera l’hôte du Sommet annuel de l’Alliance des jeunes entrepreneurs du G20 en 2017 qui réunira plus de 1 500 jeunes chefs d’entreprise et cadres. <