Propos recueillis par Amine Echikr

Reporters : Votre entreprise est entrée en production en 2013,pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste l’ensemble de sa production ?
Ramzi Azzi : Tosyali Algérie a débuté sa production en 2013, lors de la mise en exploitation de la première étape de l’investissement, un complexe de 1,2 million de tonnes de production d’acier long de rond à béton. Ce premier complexe transforme la ferraille récupérée en billettes d’acier puis en rond à béton.
Ce projet a permis à l’Algérie de satisfaire une partie de sa demande en rond à béton tout en valorisant ses déchets ferreux et en donnant une rentabilité économique importante à cette filiale. S’en est suivie une deuxième étape qui consiste en la production de 500 000 t de fil machine qui a permis de stimuler la production locale et notamment les PME activant dans la production de clous, tri à souder, boulons et autres petits investissements et s’inscrivant dans le cadre de l’Ansej qui ont pu trouver un produit semi-fini localement prêt à être transformé au lieu de faire appel à l’importation.
Cette disponibilité a encouragé ce genre de producteurs à investir et à grandir eux aussi. Après tout cela, Tosyali Algérie a vu plus grand encore, une troisième étape pour produire encore plus, mais à partir de minerai de fer cette fois. Cet investissement gigantesque avec une technologie de pointe (la réduction directe) a permis à la société et au pays de se positionner sur l’échiquier régional de la production d’acier, en devenant le plus grand producteur d’acier de la Méditerranée. Ce méga complexe, qui produit 2,5 millions de tonnes de ronds à béton avec une haute valeur ajoutée, a permis à l’Algérie de passer de statut d’importateur de rond à béton à exportateur.

En 2019, vous avez multiplié les opérations d’exportations vers les Etats-Unis d’Amérique et la Belgique notamment. Que représentent les exportations par rapport à votre chiffre d’affaires et en quoi elles consistent ?
Nous avons effectivement procédé à plusieurs opérations d’exportations jamais réalisées dans le pays dans le domaine de l’acier et plus précisément dans le rond à béton et les tubes spirales. Plusieurs opérateurs mondiaux se disputent les marchés avec des produits de haute qualité et dans cette course Tosyali Algérie a réussi à capter l’intérêt des pays les plus industrialisés et les plus exigeants en matière de qualité de normes et standards reconnus.
Les USA ne sont pas les seuls destinataires de nos produits algériens. Le Royaume-Uni, la Belgique, le Canada et l’Angola accueillent notre production. Ces exportations ne sont que le point de départ d’une liste de pays et de clients mondiaux que nous visons. Les volumes exportés varient selon les besoins et se chiffrent à plusieurs milliers de tonnes de ronds à béton et de tubes spirales ou pipes, si vous préférez.
A titre d’illustration, en décembre 2018, 10 000 tonnes de ronds à béton ont été acheminées du port d’Oran vers le port d’Houston aux Etats-Unis. En juin 2019, 15 000 tonnes de ronds à béton ont rejoint les ports d’Everglades aux USA et le port de San Juan à Porto Rico. Notre équipe, Tosyali Algérie, veut honorer son engagement de faire de l’Algérie un exportateur net de produits sidérurgiques grâce à son intégration future pour hisser ses produits en label 100% algérien depuis l’extraction de la matière première à la transformation. Les efforts d’exportations que mène Tosyali Algérie ont besoin d’appui et d’accompagnement des pouvoirs publics grâce à leur politique d’encouragements. Pour répondre enfin à votre question concernant le volume des exportations sur notre chiffre d’affaires, cela représente environ 10% pour cette année.

L’Algérie est importateur net d’acier plat, Tosyali Algérie compte-t-elle investir ce créneau ?
Oui, Tosyali Algérie ambitionne aussi d’être le leader sur le marché d’acier plat aussi, un magnifique projet est en cours qui permettra à Tosyali d’investir dans l’optique de suivre l’évolution industrielle que prend le pays et d’être là pour fournir une demande locale en pleine transition. Cette demande passe d’une consommation d’aciers longs pour les constructions vers des aciers plats pour les industries. Les travaux de terrassement et engineering ont déjà débuté pour réaliser un complexe de 2 millions de tonnes d’aciers plats en tous genres, laminés à chaud, à froid, galvanisé et pré-peint, destinée à toutes les industries à l’instar de l’électroménager, l’automobile. Il faut savoir qu’une automobile consomme à elle seule 700 kg d’acier par an en pièces détachées. Nous prévoyons également de produire des tuileries, la fabrication de charpentes métalliques. Cet investissement permettra de créer 2 000 emplois supplémentaires et de satisfaire plus de 1 million de tonnes en besoins locaux en plus de l’exportation de l’excédent.

Comptez-vous financer cet important investissement sur fonds propres ou espérez-vous un accompagnement bancaire ?
Comme tous nos projets, une partie importante de l’investissement est financée sur fonds propres et comme tout grand projet, le financement bancaire est bien sûr une nécessité absolue.
Du côté des banques aussi, ce genre d’investissement avec une rentabilité élevée et un retour sur investissement très court représentent un placement très attractif avec des bénéfices importants à faire sur des périodes courtes. Des investissements pareils sont des paris gagnants pour les banques et autres institutions financières, en plus de l’impact important de ces projets sur l’économie nationale…

La fiscalité en matière de ronds à béton favorise les importateurs, avez-vous saisi les services concernés pour rééquilibrer les choses en faveur des producteurs ? Quelles sont les réponses apportées pour pallier cette distorsion ?
A l’instar des autres producteurs des produits subventionnés, Tosyali Algérie fait face au déséquilibre que génère l’application du taux réduit de TVA (09%) sur les produits finis seulement et non les intrants servant à sa production qui ont un taux de TVA normal (19%). Cette déclaration sur la refonte du système fiscal nous donne beaucoup d’espoir au plus haut point. Tosyali Algérie attend des mesures fortes qui permettront d’être plus compétitif face aux importations de rond à béton.
Il est vrai que notre société peut rayonner à l’échelle africaine et pénétrer massivement les marchés voisins dans le continent africain. Notre société qui exporte aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Belgique et au Canada peut être une locomotive pour tout le secteur métallurgique national. Mais pour ce faire, l’Algérie doit mener une politique agressive en matière d’export en soutenant ses opérateurs par des facilités administratives.

Au plan social, votre société a connu un mouvement de grève l’année passée, cela a-t-il eu un impact sur la production et à combien ont été estimées les pertes ? Qu’en est-il de l’application du code du travail algérien ?
Toutes les sociétés avec un effectif important sont confrontées aux grèves. Cela est un phénomène socioprofessionnel normal et que la société doit accepter et tirer des leçons des fautes et des erreurs des uns et des autres et utiliser cette occasion pour revoir les mécanismes de dialogue entre l’administration et les travailleurs. Pour le code du travail algérien, nous nous y conformons comme tous les autres codes et lois qui régissent les différents aspects de nos activités.