Par Feriel Nourine
Après le président de la République, puis le président du Conseil de la Nation, c’est au tour du ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger de s’exprimer publiquement sur la visite du ministre israélien au Maroc, la semaine dernière.
Ramtane Lamara est revenu sur cette visite dans un entretien accordé au journal panarabe Al Qods al Arabi. En droite ligne avec Abdelmadjid Tebboune et Salah Goudjil, il l’inscrit d’emblée dans le cadre de la montée d’hostilités menées contre l’Algérie par son voisin de l’Ouest et l’Etat israélien. Ce dernier semble avoir trouvé, à travers le Maroc, l’allié idéal pour déstabiliser un pays qu’il a toujours compté parmi les plus farouches opposants à sa démarche sioniste contre le peuple palestinien.
Rappelant au journaliste qui l’a questionné que «l’Algérie s’était éloignée pendant plusieurs années de la scène arabe et internationale, notamment lors de la décennie noire», Lamamra fera remarquer que le pays est aujourd’hui remis sur «la voie de l’efficacité et l’influence régionale et internationale».
Un retour en force sur la scène diplomatique qui n’est pas sans déranger certaines parties, d’autant que sur le plan arabe, ce redéploiement est versé au compte de la réunification des pays de la région et du soutien au peuple palestinien dans sa lutte contre l’occupant israélien. C’est d’ailleurs dans cette trajectoire, explicitement définie, que l’Algérie est en train de préparer le Sommet arabe qu’Alger accueillera en mars prochain.
«L’Algérie a beaucoup plus de crédibilité auprès des peuples arabes que les promoteurs de la théorie de chaque pays traite ses problèmes comme il le voit, loin de toute coordination collective, comme l’ont fait les pays de la normalisation comme le Maroc, le Soudan et les Emirats arabes unis», ajoute le chef de la diplomatie algérienne. Il ne manquera pas de noter aussi que «l’Algérie est restée sur une position équilibrée pour la paix avec Israël». «Nous pensons qu’une paix raisonnable devrait, au moins, être fondée sur l’initiative de paix arabe et le principe de terre contre la paix», dira-t-il à ce propos
Du coup, les «complots n’ont pas cessé» et, à travers la normalisation entre le Maroc voisin et Israël, «l’Algérie se sent aujourd’hui comme un Etat en confrontation avec l’entité sioniste», soutiendra-t-il, non sans mettre en avant l’engagement de l’Algérie aux côtés de la coalition arabe partie combattre Israël durant la guerre «des six jours» (Egypte-Jordanie-Syrie) en 1967, et la guerre de Kippour en 1973. «Nous avions envoyé de nombreux soldats d’infanterie, des avions, mais aussi des blindés», pour expliquer que l’entité n’a toujours pas oublié cet engagement d’un pays qui, de surcroît, a maintenu sa position inchangée face à la présence sioniste en Palestine, alors que d’autres pays arabes ont, depuis, révisé la leur dans une démarche de rapprochement qui s’est achevée par une normalisation en bonne et due forme avec l’entité sioniste pour nombre d’entre eux.
L’exemple parfait est en train de se produire pas loin des frontières Ouest du pays, où la normalisation entre le Makhzen et l’Etat sioniste n’a pas encore fini de consommer sa première année d’existence, qu’il donne déjà lieu à des accords que des décennies de coopération entre d’autres pays n’ont pu conclure. Moins d’une année de normalisation officielle certes, mais des lustres de liens et de relations que la visite du chef de la diplomatie israélienne à Rabat a laissé transparaître explicitement dans un accord qui ouvre la voie à une coopération militaire entre les deux pays à plusieurs variantes. Un plan qui vise à déstabiliser et réduire et à contrecarrer son redéploiement à l’international tout en étouffant les velléités de l’Etat algérien à promouvoir la paix et œuvrer pour les droits du peuple palestinien ou encore le peuple sahraoui.
«Nouveau monde arabe»
Pour Ramtane Lamamra, «les relations du Maroc avec Israël sont en train de tracer les contours d’un nouveau monde arabe». Et «si l’Algérie est assiégée et que sa sécurité interne est déstabilisée, les normalisateurs et ceux qui attendent le train de la normalisation se feront un plaisir d’avoir pu se débarrasser de l’obstacle algérien, qui refuse la normalisation par principe», expliquera-t-il.
Pour soutenir ses réponses, le chef de la diplomatie algérienne n’hésitera pas à remonter dans le temps pour faire le parallèle avec ce qui s’était produit, en 1975, lorsque «l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing et l’ancien Secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger, avaient tenté de punir Boumediène pour avoir décidé de nationaliser les hydrocarbures et soutenu les causes justes en Afrique et en Asie.
Or, si ce rappel est effectué par Lamamra, c’est surtout pour expliquer encore que «contrairement à ce qui s’était passé en 1975, visant le régime, ce qui se passe aujourd’hui entre le Maroc et Israël vise plutôt l’Algérie en tant que nation, en tant qu’unité nationale, souveraineté, indépendance nationale et intégrité territoriale». Aujourd’hui, «la situation est plus dangereuse», alerte le même responsable. «Nous sentons qu’une guerre totale est menée contre nous. Toutes les mesures que nous avons prises sont des mesures défensives pour maintenir la sécurité de notre patrie», précise-t-il.
Pour rappel, dans son entrevue avec des représentants de médias, diffusée vendredi dernier, le président de la République avait qualifié le protocole d’accord militaire, signé deux jours auparavant à Rabat, entre le Maroc et Israël, d’«infâme» et de «déshonorant». «C’est la première fois depuis 1948 qu’un ministre de cette entité visite un pays arabe et y profère des menaces à l’encontre d’un autre pays arabe. Un tel acte entache d’opprobre le pays hôte», s’est indigné Abdelmadjid Tebboune.
La veille, c’est Salah Goudjil qui est monté au créneau à l’issue de l’adoption, par le Sénat, de la LFC 2022. Le président du Conseil de la Nation n’a pas fait l’économie de paroles tranchantes en affirmant que dans ce dossier, «c’est l’Algérie qui est visée». «Les ennemis se mobilisent de plus en plus pour porter atteinte à l’Algérie», a-t-il encore dit, ajoutant qu’«aujourd’hui, les choses sont claires». n