La très mauvaise qualité des relations politiques et diplomatiques entre l’Algérie et le Maroc a été confirmée hier par le chef de la diplomatie, Ramtane Lamamra, et son annonce de la rupture de tout échange diplomatique entre Alger et Rabat. Le rappel des ambassadeurs des deux pays et la réduction probable de leurs activités consulaires signent une nouvelle étape spectaculaire dans la guerre froide qui oppose depuis longtemps les deux capitales maghrébines. De nouveaux développements géopolitiques sont à prévoir à l’échelle maghrébine et africaine.

PAR NAZIM BRAHIMI
En effet, la mauvaise qualité des relations entre Algérie et le Maroc ne sont un secret pour personne. Entre les deux pays, le bilatéral évolue depuis plusieurs années, voire des décennies, sous le signe du contentieux froid et des tensions permanentes. Sa médiocrité vient d’être confirmée exceptionnellement hier par le chef de la diplomatie algérienne et l’annonce de la rupture de tout échange diplomatique entre Alger et Rabat.
Dans une déclaration publique, Ramtane Lamamra a accusé le Maroc d’être à l’origine des feux de forêt qui ont décimé une partie importante du patrimoine végétal du pays, en particulier en Kabylie dont tout un soubassement économique a été détruit par ces incendies.
Il a désigné le royaume voisin d’être le sponsor du MAK et de Rachad, non sans faire le lien avec l’assassinat de Djamel Bensmail survenu le 11 août dernier à Larbaâ Nath Irathen dans la wilaya de Tizi Ouzou.
«Le Maroc a coopéré avec les deux groupes terroristes nommées MAK (Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie) et Rachad dont l’implication a été prouvée dans les crimes odieux liés aux grands incendies qu’a connus un certain nombre de wilayas du pays», a d’emblée soutenu Lamamra.
A l’évidence, la sortie du chef de la diplomatie a pour sens de «faire dire» tous les non-dits qui existent depuis longtemps entre Alger et Rabat.
Elle provoque un nouveau coup de chaud sur une relation qu’on peut désormais qualifier de conflit froid, un concept que beaucoup utilisent davantage depuis que le royaume chérifien a décidé, pour des considérations liées au dossier du Sahara occidental, de normaliser ouvertement ses relations avec Israël.
Un développement aussitôt annoncé et aussitôt perçu par les autorités algériennes comme une menace directe sur sa sécurité. M. Lamamra a considéré hier que le Maroc «a fait de son territoire une plateforme permettant à des puissances étrangères de tenir des propos hostiles à l’Algérie».
Il a fait, dans ce registre, allusion aux propos hostiles tenus par le ministre israélien des Affaires étrangères sur l’Algérie lors d’une récente visite à Rabat, tout en soulignant que «depuis 1948, aucun responsable israélien n’a fait de déclaration hostile à un pays arabe à partir d’un autre pays arabe», une manière de pointer la «normalisation» des relations entre l’entité sioniste et le Maroc.
Enumérant ainsi les «actes hostiles de longue date perpétrés par Rabat contre l’Algérie», M. Lamamra a désigné les services de sécurité marocains comme acteurs de la propagande contre l’Algérie tout en endossant l’entière responsabilité du chef de la diplomatie marocain dans la détérioration des relations algéro-marocaines.
Le diplomate algérien a souligné que la «provocation» de la partie marocaine a atteint son «paroxysme» quand le représentant du royaume chérifien à l’ONU a distribué aux pays membres du Mouvement des Non-alignés une note officielle dont laquelle le Maroc soutient publiquement et explicitement un prétendu «droit à l’autodétermination du peuple kabyle».
La démarche a été «énergiquement» condamnée par l’Algérie, estimant que «cette dérive est particulièrement dangereuse, y compris pour le Royaume du Maroc lui-même dans ses frontières internationalement reconnues».
Hier, Ramtane Lamamra a souligné que l’Algérie «a attendu longtemps une réponse pour savoir si le représentant marocain à l’ONU s’était exprimé en son nom ou au nom de l’Etat marocain, mais les responsables marocains n’ont pas apporté de réponses».
Sur un autre registre, M. Lamamra a été interrogé sur ce qu’induirait la fermeture des représentations officielles sur les Algériens établis au Maroc et les Marocains installés en Algérie. Il a tenu à ce propos un discours rassurant notamment à l’adresse des Algériens établis au Maroc et des Marocains établis en Algérie.
Il a souligné, par la même occasion, que la décision de rompre les relations diplomatiques avec le voisin de l’Ouest ne pénalisera pas les Algériens du Maroc ni les Marocains d’Algérie, ajoutant que l’administration consulaire continuera d’effectuer ses tâches dans le strict respect des usages internationaux, en Algérie comme au Maroc.
Il faut rappeler que mercredi dernier, le Haut conseil de sécurité (HCS) a tenu une réunion extraordinaire «consacrée à la situation générale dans le pays suite aux récents événements douloureux et aux actes hostiles incessants perpétrés par le Maroc et son allié, l’entité sioniste, contre l’Algérie».
Dans le communiqué sanctionnant cette réunion, il a été indiqué que «les actes hostiles incessants perpétrés par le Maroc contre l’Algérie, ont nécessité la révision des relations entre les deux pays et l’intensification des contrôle sécuritaire aux frontières Ouest». Dont acte !