Le mois de jeûne commencera demain ou après-demain selon ce qui aura été décidé rituellement durant cette nuit du «doute» par l’autorité religieuse. Les Algériens le passeront cette année dans le confinement et ses mesures qui les touchent jusque dans la pratique collective de leur foi.


C’est en effet, un mois de Ramadhan pas comme les précédents que s’apprêtent à vivre, à partir de vendredi ou samedi, l’ensemble des Algériens à l’instar des autres pays musulmans suite aux restrictions induites par la pandémie du Coronavirus et les mesures de prévention prises pour y faire face.
Ce mois sera manifestement différent des précédents dans la mesure où les pratiques et les habitudes seront fortement bousculées par le contexte d’urgence sanitaire. En effet, aussi bien les habitudes que la pratique des rituels ne seront pas les mêmes au vu des comportements qu’impose depuis plusieurs semaines la propagation du Covid-19, dont la lutte a nécessité un confinement total pour la wilaya de Blida, la plus touchée par l’épidémie, et un confinement partiel pour d’autres wilayas.
Pour les habitudes quotidiennes, c’est à une véritable mutation comportementale que sont invités les Algériens appelés, sous le sceau de la prévention sanitaire, à éviter des actes qu’ils aimaient tant en temps ordinaire.
Il s’agit notamment d’éviter les bousculades et le rapprochement physique dans les espaces publics, particulièrement dans les marchés et grandes surfaces, où de coutume les Algériens se rendent régulièrement pour s’approvisionner en ce mois béni traditionnellement marqué par la hausse de consommation.
Or, et bien avant que l’on se rapproche de Ramadhan, c’est plutôt à des comportements d’insouciance et de défiance de la réalité sanitaire, auxquels s’adonnent des pans importants de la société jusqu’à susciter les craintes les plus légitimes des professionnels de la santé qui ne cessent d’appeler à plus de vigilance et de discipline citoyenne.
Des responsables ont mis en évidence, afin de convaincre les récalcitrants, une corrélation entre la propagation du virus et le non-respect des règles de prévention recommandées par les autorités sanitaires. Ces appels ne seront jamais de trop pour ce mois particulier durant lequel les citoyens sont tenus de faire des efforts sur eux-mêmes et ne pas négliger les actes de vigilance et de prévention uniquement pour satisfaire ce qui s’apparente à des habitudes de consommation.
Par ailleurs, le changement et le poids de la restriction sera plus visible dans la pratique des rituels religieux du mois béni notamment la prière de «Tarawih», ce rendez-vous auquel tiennent les fidèles. Sauf que cette fois-ci, l’urgence sanitaire recommande d’éviter tous les regroupements qui peuvent générer une propagation du virus.
D’où la décision prise, il y a quelques semaines, par les autorités du pays, dans le sillage des mesures de confinement, de fermer les mosquées et autres lieux de regroupement. Pour ce qui concerne le mois de carême, c’est la prière de «Tarawih» qui a été suspendue pour les mêmes motivations suite à l’avis donné par la commission ministérielle de la fatwa qui l’a jugée nécessaire pour cette année à cause du coronavirus. Une fetwa que, si elle contrarie l’envie des fidèles attachés à ce rituel, ne constitue pas moins un appel à une meilleure réaction devant l’urgence sanitaire. La même Commission a expliqué dans ce sens que «le recours à la suspension de la prière de vendredi et des prières collectives et à la fermeture des mosquées et des lieux de culte à travers le territoire national est devenu une obligation légale jusqu’à ce qu’Allah lève cette épreuve».
Du côté des institutions de santé, c’est l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui a publié au cours de la semaine une série de recommandations à destination des musulmans. L’annulation de certaines pratiques religieuses devrait être «considérée sérieusement», a recommandé notamment l’OMS, qui a insisté sur le respect de la règle de prévention de la «distance physique d’au moins un mètre à tout moment» qui devrait être observée entre les fidèles.
Des appels et des avis qui donnent, en définitif, le goût de ce que sera le décor inédit du mois de carême de cette année. <