L’amazighité comme facteur d’unité des peuples en Afrique du Nord a été, hier, le thème d’une conférence-débat organisée à Alger par l’association Rassemblement Action Jeunesse (RAJ). Cette conférence a vu les interventions de chercheurs en sociologie politique et aussi dans le domaine de l’identité amazighe.

Celles-ci ont été suivies par un large débat auquel ont pris part des militants de la cause amazighe, des chercheurs mais aussi de citoyens présents au rendez-vous. Très en vue dans les rencontres organisées par l’association RAJ, le spécialiste et chercheur en sociologie politique Nacer Djabi était présent à l’événement. Pour lui,  « il y a deux grands modèles de mouvements amazighes en Afrique du Nord. Le premier, ‘fort et revendicatif’, est celui qui existe en Algérie et au Maroc. Le second est moins fort et existe au niveau de la Tunisie et de l’Egypte », a-t-il souligné, précisant qu’entre ces deux grands modèles,  « il y a celui qui existe en Libye et qui se trouve actuellement à la croisée des chemins ».  
M.  Djabi a mis en exergue le modèle libyen pour arriver à dire que c’est «  un point qui est très important du moment où il y a deux grands scenarios en Afrique du Nord, l’un reflétant la stabilité, alors que l’autre tend vers l’instabilité, d’autant plus que certaines hypothèses parlent d’un mouvement berbère en Libye qui pourra être éventuellement proche du modèle kurde ».
En ce qui concerne l’Algérie, le même intervenant affirme que la population amazighe s’est intégrée dans tous les domaines de la vie du pays. Une intégration qu’il qualifiera de « droit chemin » et d’« approche positive », avant d’ajouter qu’ « il y a une impression chez le Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK) que le mouvement amazigh en Algérie se trouve hors de leur influence d’autant plus que les élites amazighes se trouvant à Alger et certaines grandes villes depuis des décennies se sont intégrées dans la société ».  
Pour sa part, Samir Laârabi, journaliste et chercheur en sociologie politique, dira  que « durant  l’époque du mouvement national, la crise berbère n’existait pas en Algérie ». La problématique réelle de ce mouvement « est apparu à partir des événements du Printemps berbère en 1980.
C’est à partir de là que certaines questions,  telles que celle du pouvoir et du parti unique, ont été posées », considère-t-il. De son côté, le professeur en droit à l’université de Tizi Ouzou, Abdellah Nouh, qui prépare aussi un doctorat en langue amazighe, considère que « les élites du mouvement amazigh des années 1980 se sont intégrées ultérieurement dans deux partis politiques qui sont le Front des forces socialistes (FFS) et le Rassemblent pour la culture et la démocratie (RCD) ». Ces deux partis  « sont arrivés  à soulever des questions qui étaient considérées comme taboues, à l’instar de la démocratie et celle de la femme. Mais ces élites n’ont pas pu pénétrer la société parce qu’elles se sont retrouvées  devant une société conservatrice », fera remarquer M. Nouh. Ajoutant que «dans la Kabylie, les formes d’expression sont très fortes,  mais chez les Touareg et dans la vallée du Mzab, il y a le travail associatif et aussi la chanson».