Frappée d’une crise qui dure depuis plusieurs années, l’économie algérienne tarde à bénéficier de réformes en conséquence, qui lui ouvriraient la voie vers le rétablissement et des lendemains meilleurs. Le constat, synonyme d’un énième rappel, a été établi par l’expert financier international Raïf Mokretar Karroubi, qui s’exprimait sur les ondes de la Chaîne III de la Radio nationale. L’économie algérienne est en crise depuis plusieurs années », a, en effet, fait remarquer M. Karroubi, soulignant que les réformes « tardent à venir », alors que « tout le monde le sait et le rabâche depuis une vingtaine d’années ». Les réformes dans le cas de la crise algérienne seraient celles qui seront opérées en profondeur, à même d’aboutir à un écosystème économique sain, loin des « réformes conjoncturelles » qui ont été décidées à ce jour, estime l’expert financier, soutenant que « tout le mode sait ce qu’il y a à faire », mais que « très peu de gens ont le courage managérial de prendre des décisions». Autrement dit, « c’est le courage décisionnel d’entreprendre ces réformes qui manque », insiste-t-il. Or, «si on ne prend pas de mesures, d’autres le feront à notre place et avec leurs conditions », a averti l’intervenant dans l’émission « L’invité de la Rédaction » de la Chaîne III. A la question de savoir quel serait le contenu de ces réformes, il répondra en citant les priorités qui sont, selon lui, « la suppression de la loi du 51/49, celle du droit de préemption de l’Etat, l’augmentation de l’assiette fiscale et l’amélioration de son recouvrement par la réforme, la mise en place d’un mécanisme de gestion du taux de change, la relance de l’agriculture et du tourisme, la convertibilité, petit à petit du dinar, et une meilleure gouvernance du système bancaire ». «Je crois que les gens ne sont pas conscients de la gravité de la situation», poursuivra
M. Karroubi, précisant que si la situation économique du pays perdure encore, il va falloir compter avec « le gel des salaires, le blocage de la demande, les licenciements… ». Relevant que quelques « mesurettes » ont déjà été prises pour rationaliser les dépenses en freinant des subventions et pour libéraliser les prix des carburants. Il dira que celles-ci sont insuffisantes par rapport à la «gravité de la situation ». A propos des surliquidités des banques, censées être fatalement responsables de leur fuite et leur dilapidation par des financements suspects, l’expert explique, en citant des exemples détaillés, comment les banques financent des projets parfois illicites sans vraiment le savoir, avant de conclure : « C’est comme ça que Daech exporte du pétrole et que certains pays exportent la drogue, à cause de la fongibilité de l’argent. » L’invité de la Radio fera vite de préciser toutefois que cela ne veut pas dire le dédouanement des banques, qui restent «responsables pour détecter certaines surfacturations et sous-facturations, des transferts et doubles transferts illicites». A propos de la surfacturation, érigée en règle dans les transactions commerciales du pays, l’expert insistera sur la dangerosité du phénomène.
C’est pourquoi, peut-être, il est plus conseillé de s’endetter à l’extérieur, car, explique-t-il, « lorsque vous vous endettez à l’extérieur, vous ne pouvez pas faire n’importe quoi avec l’argent de la dette que vous contractez ».