La plateforme de raffinage, propriété de Sonatrach en Sicile, tourne à l’affaire judicaire et un mandat d’arrêt international vient d’être lancé, a révélé hier le Premier ministre. A Hassi Messaoud, où il se trouvait pour l’anniversaire du «24 février 71», Abdelaziz Djerad a déclaré que la procédure a été lancée contre le «principal accusé» qu’il n’a pas nommé, mais qu’on présume être Abdelmoumen Ould Kaddour, l’ancien patron de la compagnie publique des hydrocarbures, et principal artisan de la transaction de cette plateforme jugée peu profitable à l’Algérie. Contre lui, il y a désormais une «notice rouge» adressée à Interpol.

Le Premier ministre Abdelaziz Djerad a annoncé qu’un mandat d’arrêt international a été délivré par la justice algérienne à l’encontre du «principal accusé» dans l’affaire de la raffinerie italienne Augusta, acquise par Sonatrach, courant 2018, auprès de l’américain Exxon Mobil. L’annonce a été faite, hier, depuis Hassi R’mel, dans la wilaya de Laghouat, où le Premier ministre effectuait une visite dans le cadre de la célébration du 50e anniversaire de la nationalisation des hydrocarbures. Le Premier ministre, accompagné à cette occasion d’une délégation de son gouvernement, a souligné «la détermination de l’Etat à poursuivre la moralisation de la vie publique et le secteur économique en assurant les conditions d’un écosystème économique qui se caractérise par la transparence et la concurrence loyale, d’un côté, et en luttant contre la corruption, de l’autre, en application des lois de la République. Dans ce cadre, il est utile de souligner que le pôle judiciaire chargé du crime économique et financier a ouvert une instruction concernant la raffinerie d’Augusta. Le juge d’instruction a émis à cet effet un mandat d’arrêt international contre le «principal accusé». «Nous continuerons à poursuivre tous les responsables qui sont à l’origine de la corruption et des faits ayant porté préjudice à l’économie nationale», a-t-il soutenu. Même s’il ne le cite pas nommément, tous les regards sont, assurément, tournés vers l’ancien PDG du groupe Sonatrach, Abdelmoumen Ould Kaddour, qui avait, pour rappel, défendu becs et ongles l’acquisition de la raffinerie italienne Augusta par la compagnie publique des hydrocarbures.
Peu avant l’annonce, hier, d’un mandat d’arrêt international à l’encontre du «principal accusé» dans l’affaire Augusta, le désormais ex-ministre de l’Energie Abdelmadjid Attar a confirmé qu’une instruction judiciaire était en cours, dont le but était de tirer au clair les conditions dans lesquelles a été conclue la transaction ainsi que les tenants et aboutissants de cette affaire. En effet, dans une interview accordée il y a quelques jours à l’agence russe Spoutnik, Abdelmadjid Attar, alors premier responsable du secteur, a indiqué qu’à «l’époque», alors que Sonatrach négociait le rachat d’Augusta auprès d’Exxon Mobil, «on disait que c’était un investissement à l’international qui devait permettre à l’Algérie de diminuer ses importations de gasoil. Malheureusement, il s’est avéré qu’Augusta ne pouvait pas raffiner de pétrole algérien, mais du brut saoudien et azerbaïdjanais». «Je préfère ne pas m’étaler sur la question car ce dossier est entre les mains de la justice. Je peux seulement dire que cela confirme qu’il y a eu préjudice vis-à-vis de l’Algérie», a-t-il affirmé. L’acquisition d’Augusta par Sonatrach avait fait couler beaucoup d’encre en raison, primo, de la vétusté des installations pour lesquelles Sonatrach était prête à dépenser près d’un milliard de dollars. Et, secundo, sur les doutes concernant la rentabilité de la raffinerie qui devait, initialement, faire raffiner le brut algérien en Italie et le réexporter ensuite vers l’Algérie ; une opération qualifiée à la fois de coûteuse et contre productive. En effet, alors qu’ils faisaient des mains et des pieds pour conclure l’acquisition avec Exxon Mobil, les responsables de Sonatrach de l’époque, à leur tête le PDG du groupe, Abdelmoumen Ould Kaddour, ont assuré que la raffinerie d’Augusta était capable de traiter à la fois le Sahara Blend algérien ainsi que le fuel résiduel issu de la raffinerie de Skikda. Elle devait ainsi s’intégrer directement dans le système de raffinage de Sonatrach. Ils ont également expliqué que cette structure pétrochimique, qui a coûté à Sonatrach un investissement de près d’un milliard de dollars, à en croire son ex-PDG Abdelmoumen Ould Kadour, pourra également traiter directement des produits qui sont excédentaires en Algérie en vue de réimporter des produits aujourd’hui en déficit comme le gasoil et l’essence. Près de trois années plus tard, il s’est avéré, après coup, que la raffinerie d’Augusta ne pouvait pas traiter le pétrole algérien. Force est de constater également que le groupe Sonatrach est loin du compte en matière de retour sur investissement, à savoir l’arrêt des importations des produits pétroliers raffinés, dont le pays semble dépendre toujours de ses fournisseurs étrangers auxquels Augusta devait se substituer.
Pour rappel, la raffinerie Augusta (Sicile) a été acquise par le groupe Sonatrach en 2018 à la faveur d’un accord conclu avec Esso Italiana (ex-filiale du groupe américain Exxon Mobil). Cette transaction inclut également les trois terminaux pétroliers de Palerme, Naples et Augusta, ainsi que des participations dans des pipelines reliant la raffinerie aux différents terminaux.