Par Hamid Bellagha
Ce sont surtout les travailleurs qui sont contents. Encore un jour férié, encore un jour de l’an, car l’Algérie est sans aucun doute le seul pays à célébrer trois entames de l’année différentes.
Plus sérieusement, Yennayer, ce jour qui correspond au premier jour du calendrier agraire, utilisé par les Berbères depuis plusieurs siècles, a été décrété officiellement en 1998. En ce jour, se fait le souhait d’une année faste et fertile. Comme tous les jours de l’an, il se fête en famille et, à l’occasion, les plats les plus succulents sont servis aux convives. Et si les historiens et les spécialistes des études berbères ne sont pas d’accord sur l’origine et la signification de Yennayer, célébré entre le 12 et le 14 janvier de chaque année dans les régions berbérophones d’Afrique du Nord, il n’en demeure pas moins que sa signification étymologique ne laisse planer aucun doute, puisque le nom est composé de yen, qui signifie «premier», et d’ayer, qui veut dire «mois».
De Massinissa, roi de Cirta, actuelle Constantine, à Juba II, monarque de Caesarea, Cherchell de nos jours, en passant par les Hammadides de Béjaïa, Yennayer a toujours eu sa place parmi les fêtes des pays du Grand-Maghreb.
Le fait de l’officialiser n’a pas changé grand-chose dans le cœur des Algériens, sauf que depuis 1998, noir sur blanc, il est institutionnalisé au même titre que le Nouvel an de l’Hégire ou la saint Sylvestre.
Bien sûr, Yennayer a souffert «officiellement» avant d’être reconnu par l’exécutif. Bien sûr, que Yennayer n’a pas vogué tout le temps sur des fleuves tranquilles, mais il est maintenant là, bien ancré dans… le calendrier.
Au-delà du folklore qui menace chaque revendication identitaire, il s’agit d’en faire un acquis pour toute l’Algérie. Le fêter chaque année uniquement dans une région particulière ne consacrera pas Yennayer, car il est trop grand pour être confiné dans un territoire donné.
Tout comme l’enseignement de tamazight qui peine, pour l’instant, à «s’institutionnaliser», victime de querelles de clochers par ceux-là-mêmes qui sont chargés de le promouvoir. En tifinagh, en lettres latines ou arabes, l’essentiel est de remettre sur rails un dialecte, ou une langue, la première étant le berceau de la seconde, qui pourrait aller vers un universalisme qui lui tend les bras depuis des siècles.
Sceller les différents parlers berbères, des Aurès au mont Djurdjura, en passant par Kherrata, puis descendre plus bas vers Tinzaouatine et Ghardaïa, est le premier défi pour les linguistes de l’Académie berbère et reste une urgence pour «unifier» les différents dialectes, tout en accordant, bien sûr, à chaque région ses propres spécificités.
Alors, Assegas Ameggaz amervouh, à consommer sans modération