L’économiste soutient que la crise économique et sociale annonce une précarité et une large paupérisation de la population si des mesures complémentaires de sauvegarde des entreprises et de protection des salariés ne sont pas prises dans les meilleurs délais.


Contacté par Reporters, Rachid Sekak insiste sur l’urgence de mettre en oeuvre des mesures de sauvegarde supplémentaires en vue de protéger et les entreprises et le pouvoir d’achat des salariés. «Il convient de rester optimiste. Il y a une prise de conscience par le gouvernement Djerad d’assurer la continuité économique et de sauvegarder les entreprises impactées par les effets de la pandémie Covid-19.» Mais, estime-t-il, il reste deux questions qui ne sont pas suffisamment prises en compte, à savoir la «new money» et la garantie de l’Etat pour les crédits d’exploitation. Concernant la «new money», c’est-à-dire la couverture des besoins de trésorerie supplémentaires des entreprises impactées par le Covid-19, l’économiste fait valoir que «près d’une entreprise sur deux en Algérie n’a pas à ce jour accès au crédit bancaire. Ce sont autrement dit, des milliers d’entreprises qui n’auront pas de liquidité. En un mot, de ressources financières pour assurer leur fonctionnement et qui risquent ainsi la faillite». Rachid Sekak soutient, autrement dit, que «l’Algérie est devant une crise économique et sociale qui annonce une précarité et une large paupérisation de la population si des mesures fortes et suffisantes ne sont pas prises dans les meilleurs délais par le gouvernement». L’économiste fait valoir que dans cette conjoncture, le «gouvernement a deux missions importantes : protéger les entreprises et tous les salariés. Pour les travailleurs, c’est protéger leur pouvoir d’achat et maintenir la demande des ménages et des entreprises qui est le moteur de l’activité et de la croissance». Il ne faut pas oublier, en particulier, ajoute-t-il, les «travailleurs de l’informel qui se retrouvent sans ressources ou qui voient une bonne partie de leurs revenus disparaître à cause des effets de cette pandémie». Rachid Sekak ajoute que le «contexte est d’autant plus difficile que nous nous trouvons devant deux inconnues : quelle sera la durée de la crise et comment seront financées les mesures de sauvegarde des entreprises ?».

Près d’une entreprise sur deux n’a pas accès au crédit bancaire
L’économiste rappelle que l’année 2019 était déjà chahutée avec une baisse très sensible de la croissance. La situation économique en 2020 se trouve aggravée par les effets de la pandémie Covid-19, un déficit budgétaire qui risque d’atteindre 20% du PIB et un déficit du compte courant identique. L’économiste avertit : «Nous sommes devant un risque systémique. Comme partout dans le monde, quand on est en face d’un risque systémique, la responsabilité de l’atténuer revient aux Etats». En clair, un risque d’effondrement de toute l’économie nationale. Rachid Sekak rappelle les mesures financières de sauvegarde des entreprises déjà prises. En particulier, la Banque d’Algérie a assoupli les règles prudentielles : baisse du taux de réserve obligatoire, coussin de sécurité en matière de capitalisation, réduction du ratio de liquidité bancaire. L’Abef, elle, dans une note, a confirmé la possibilité du rééchelonnement de dettes sans pénalités et en dehors du dispositif de classification des créances, la réduction du taux de refinancement et de provisionnement des banques, du report du remboursement des crédits.
Rachid Sekak souligne que tous ces dispositifs financiers ne traitent que de la dette existante, mais ils ne soulèvent pas la question de la «new money», c’est-à-dire du financement des besoins de trésorerie (d’argent ou de liquidité) supplémentaires induit par les effets de la pandémie Covid-19 (arrêt d’activité, baisse de la demande…) qu’il faudra couvrir et, bien évidemment, la garantie de l’Etat pour ces nouveaux dispositifs financiers. Ces financements vont permettre de sauvegarder les entreprises et pouvoir ainsi faire redémarrer la machine économique dans de bonnes conditions une fois la pandémie Covid-19 éradiquée, a-t-il soutenu.
Concernant le refus du gouvernement Djerad d’opter pour l’endettement extérieur, l’économiste soutient que l’Algérie n’a d’autres choix dans la crise actuelle que de recourir à trois alternatives : le glissement du dinar pour accroître les ressources budgétaires pour financer le déficit du budget, le financement monétaire de l’économie, c’est-à-dire les avances de la Banque centrale au Trésor, le rachat des obligations du Trésor par la Banque d’Algérie et l’endettement extérieur.
A rappeler que le financement monétaire de l’économie peut inclure le recours, ajoutons-le, à la planche à billets qu’un large cercle d’économistes considère comme dangereux en raison de ses effets inflationnistes. n