Le déplacement du patron de l’Agence de protection de l’environnement américaine (EPA), Scott Pruitt, au Maroc s’est transformé en scandale aux Etats-Unis, lorsque de nouvelles révélations ont confirmé que la visite a été mise à profit pour servir des intérêts diplomatiques marocains. Le bras armé du président Donald Trump en matière d’environnement, qui fait déjà l’objet d’une controverse majeure en raison de son train de dépenses élevées qui revient cher au contribuable américain, a dû faire face ces derniers jours à de nouvelles accusations concernant sa visite suspecte au Maroc, qui a été facilitée par un lobbyiste, Richard Smotkin, recruté par l’ambassade du Maroc à Washington.

Face aux suspicions de manipulation sentourant cette visite, le camp démocrate au Sénat a demandé un audit sur le coût et l’objectif de ce voyage de quatre jours qui a coûté plus de 100.000 dollars à l’EPA, selon le Washington Post. Aujourd’hui, les démocrates réclament des détails sur le rôle de Richard Smotkin dans la planification de cette visite, durant laquelle il a accompagné l’administrateur de l’EPA en lui organisant plusieurs réunions avec des responsables marocains. Le lobbyiste aurait également été à l’origine des rencontres de Scott Pruitt avec l’ambassadrice du Maroc à Washington, Joumala Alaoui, et le patron de l’Office chérifien des phosphates (OCP), Mostefa Terrab. Quatre mois après ce voyage, Richard Smotkin, a été recruté pour services rendus par l’ambassade du Maroc à Washington, comme lobbyiste chargé de promouvoir les intérêts culturels et économiques du Maroc aux Etats Unis pour un salaire mensuel de 40 000 dollars. «L’administrateur Pruitt doit fournir des explications sur ce voyage», ont indiqué deux sénateurs démocrates, Tom carper et Sheldon Whitehouse, dans un communiqué conjoint. Les deux démocrates s’interrogent surtout sur les motivations ayant incité le patron de l’EPA à évoquer durant sa visite au Maroc le développement de projets de gaz naturel liquéfié, alors qu’il est chargé de la gestion d’une agence de protection de l’environnement. Cette mission relève strictement des prérogatives du département de l’Energie américain, ont-ils affirmé. «Nous pensons que développer une industrie (que Pruitt) n’est pas chargé de réglementer est une mission qui n’entre pas dans le cadre de son travail, c’est troublant. Maintenant après que nos questions répétées sont restées sans réponse nous apprenons que ce voyage était aussi œuvre d’un lobbyiste et ami personnel de Pruitt qui représente maintenant le gouvernement marocain», ont-ils dénoncé.
La semaine dernière, l’élue démocrate à la Chambre des représentants, Chellie Pingree, a demandé à Pruitt, lors de la deuxième audition consacrée à cette affaire controversée, de s’expliquer sur l’objectif de sa visite et sur les raisons l’ayant pousser à discuter de projets de GNL avec le gouvernement marocain. «Je ne peux absolument pas imaginer qu’un administrateur de l’EPA partirait là-bas pour promouvoir des ventes d’énergie. Nous avons un département de l’Energie, vous devriez réfléchir à certains enjeux sur le gaz naturel liquéfié et pourquoi vous étiez de l’autre côté», a-t-elle déclaré lors de cette audition.
Scott Pruitt a répondu qu’il s’est rendu au Maroc pour négocier l’aspect environnement d’un accord de libre échange qui est en cours de négociations entre les deux pays.
Mais il a reconnu qu’il avait longuement discuté de la question du GNL avec la partie marocaine car l’ambassadrice, Joumala Alaoui, lui a demandé d’évoquer ce dossier une fois rendu au Maroc.
Le rôle trouble de Smotkin
Selon les révélations du Washington Post, le rôle de Smotkin, dans l’organisation de cette visite soulève bien des questions inquiétantes. En effet les lois fédérales américaines interdisent aux fonctionnaires d’utiliser les ressources de l’Etat pour aider financièrement des amis, des parents où des personnes avec lesquelles ils ont des liens personnels. Smotkin, un ancien lobbyiste chez Comcast, le numéro un du câble aux Etats Unis, a contribué à fixer l’agenda de la visite et a même assisté à des entretiens entre le chef de l’EPA et des membres du gouvernement marocain, a révélé le Washington Post, citant deux sources proches du dossier. «La participation du lobbyiste soulève des questions quant à savoir si Pruitt est parti au Maroc pour renforcer la position de Smotkin au Royaume», a déclaré mardi dernier Larry Noble, directeur principal de «Campaign Legal Center», une association de Washington qui milite pour plus de transparence dans le financement électoral et porte plainte contre les groupes suspects de fraude. «Cela montre, à tout le moins, une énorme négligence et cela soulève des questions d’éthique entre Smotkin et Pruitt», a-t-il soutenu. De nombreux détails de ce voyage sont restés secrets, en particulier ceux concernant le rôle inhabituel de Smotkin dans cette visite officielle, alors que l’Agence EPA s’est défendue lundi dernier en affirmant qu’elle n’était pas au courant des relations d’affaires entre le lobbyiste et le gouvernement marocain. Le Washington Post évoque à ce titre le projet du gouvernement marocain portant sur la construction d’un terminal gazier en mesure d’alimenter les centrales électriques et les usines de phosphate en GNL importé des Etats Unis. Deux semaines avant cette visite suspecte, des responsables marocains ont annoncé qu’ils allaient lancer les appels d’offres relatifs à ce projet qui devrait être implanté sur le site de Jorf Lasfar, précise le quotidien américain. La démarche, rappelle-t-on, obéit à un plan déjà finalisé par le gouvernement marocain portant sur le développement de l’industrie du GNL pour répondre aux besoins du marché interne. n