Par Sihem Bounabi
Le politologue Rabeh Lounici revient ici sur le déroulement des législatives, le taux provisoire annoncé et ses pronostics sur la future cartographie de l’APN. Le politologue et chercheur en histoire à l’université d’Oran estime que même si les membres des familles des candidats indépendants n’avaient pas l’habitude de voter, cette fois ils seront mobilisés pour leur candidat. Il ajoute que les partis traditionnels, comme les partis islamistes ou le RND et le FLN, ont déjà un réservoir d’électeurs fidèles et stables qui voteront toujours pour le parti pour lequel ils ont l’habitude de voter. Il pense également «qu’il n’y a pas de fraude concernant le taux de participation, ce sont des méthodes qui sont révolues et les autorités donneront le véritable taux de participation en toute transparence.» Par contre, il relève que le grand nombre de listes indépendantes risque de se retourner contre les candidats indépendants. Car s’ils ont réussi à mobiliser ceux qui ont l’habitude de boycotter les élections législatives, ces voix seront dispersées entre les différents candidats et ne formeront pas un bloc contre les candidats des partis traditionalistes. Dès lors, le politologue pronostique que «l’APN sera majoritairement composée de conservateurs issus des partis traditionalistes avec une dominance des partis islamistes qui ont fortement mobilisé leurs troupes.» Il nuance cependant ces propos en soulignant «certes, les représentants des listes indépendantes seront présents, mais ils ne le seront pas avec force». Rabah Lounici soulève également que la majorité des partis considérés comme démocrates et progressistes ont boycotté ces législatives à l’exception de rares partis comme Jil Jadid. Il regrette à ce sujet que «la politique de la chaise vide laisse le champ libre aux conservateurs d’occuper le Parlement en l’absence des démocrates. Certes, il y a de nombreux démocrates parmi les candidats indépendants, mais ils n’ont pas un réservoir de votants assez important pour contrebalancer les partis conservateurs».
Par conséquent, en l’absence des forces démocratiques et progressistes, le politologue prédit que «le Parlement sera constitué majoritairement de partis conservateurs avec pour conséquence la forte probabilité que le prochain gouvernement sera majoritairement constitué de forces islamiques».
Par ailleurs, il relève que les législatives de 2021 se sont distinguées par plusieurs fait inédits : c’est pour la première fois que l’opération de vote n’est pas organisée par le ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales qui s’est juste chargé d’assurer la logistique et la sécurité. La deuxième nouveauté est que beaucoup de jeunes se sont impliqués dans la campagne électorale. Mais contrairement aux années précédentes, en plus des tournées de proximité habituelles dans les quartiers qui n’ont pas été très visibles, les candidats ont mis à contribution les nouvelles technologies de communication en menant une forte campagne virtuelle sur les différents réseaux sociaux, ce qui est une grande nouveauté chez nous. Ceci est en adéquation avec l’évolution de la société sachant que plus de 20 millions d’Algériens sont connectés et majoritairement abonnées aux réseaux sociaux.
Finalement, Rabah Lounici estime que «l’Etat a voulu contribuer à l’instauration d’un Parlement composé des forces vives de la société civile à travers les listes des candidats indépendants, mais le grand nombre de listes a dispersé les voix et au final les conservateurs auront la mainmise sur le Parlement. Non pas parce qu’ils représentent les aspirations du peuple, mais parce qu’ils sont mieux structurés en termes de réservoir de votes». Il ajoute que «l’erreur stratégique des partis démocratiques et progressistes qui ont opté pour le boycott a finalement contribué à laisser le Parlement aux mains des conservateurs et des islamistes, alors que les démocrates auraient dû occuper les espaces politiques pour faire entendre leur voix». Il tient à rappeler que «c’est un mauvais remake de ce qui s’est passé dans les années 1990, les islamistes l’avaient remporté avec seulement 3 millions de voix, car ils avaient réussi à inciter leur base à aller voter. Tandis que les démocrates et les progressistes avaient déserté les urnes.» Il conclut en martelant : «Il est temps que l’on prenne conscience des leçons de l’Histoire et de ne pas refaire les mêmes erreurs, si on veut construire une véritable démocratie en Algérie basée sur la stabilité et la sécurité de la nation.»