Reporters : La scène politique est animée par des acteurs politiques et des représentants de la société civile, qui proposent, chacun selon son logiciel, des plans de sortie de crise. Quelle lecture en faites-vous ?
Rabah Lounici : Il y a deux tendances qui se dégagent dans les propositions de sortie de crise. La première propose d’aller directement vers une élection présidentielle sans passer par un processus constituant, suggérant que c’est au prochain président de la République d’établir les changements souhaités. Je dirai que cette proposition est proche de celle du système. C’est ce qu’ont proposé les membres de la conférence du 6 juillet à Aïn Benian, (Alger).
La seconde tendance exige une constituante avant d’aller à la présidentielle, et ce, afin d’éviter la régénération du système actuel. Ce sont les partis de l’alternative démocratiques qui plaident pour cette option.

Les dynamiques de la société civile se sont réunies, samedi, avec des partis politiques des courants de l’opposition et certaines personnalités politiques. Quelle lecture faites-vous de cette initiative ?
Sur l’initiative de la société civile, je suis très optimiste. Pourquoi ? Parce qu’elle a réussi à unir les différentes parties de l’opposition qui n’arrivaient pas à se mettre d’accord. Pour ce qui est des participants, nul doute que chacun défend son opinion et son idéologie.
Pour qu’on arrive à changer les choses, l’Algérie a besoin d’un bloc historique.
C’est-à-dire tous les participants, avec leurs différentes tendances, doivent s’entendre sur l’instauration d’un système démocratique. C’est pour cela que j’insiste sur la participation de toutes les tendances dans le dialogue.
Quant aux partis de l’ex-Alliance, je pense qu’il faut les éliminer de la scène politique parce qu’ils représentent un danger pour le devenir politique, social et économique du pays.

Quelles solutions de compromis possible entre ces deux tendances ?
Pour moi, l’élaboration d’une charte nationale qui réunit toutes les tendances idéologiques et politiques que comptent notre société est primordiale. Cette charte doit être respectée par le prochain président de la République. Il doit à tout prix respecter ce qu’ont décidé les différentes parties politiques et sociales. Si nous arrivons à mettre en place cette charte dans laquelle se reconnaîtront toutes les tendances, nous n’aurons pas besoin d’une période de transition comme le revendiquent les partis de l’Alternative démocratique. Pour moi, le problème sera résolu. Car, nous ne pouvons pas donner carte blanche au prochain président de la République.
Toutes les périodes de transition qui n’ont pas élaboré une charte, une sorte de contrat social, entre toutes les tendances et les forces de la société, ont échoué. Ce contrat national doit être protégé par l’armée. C’est une condition très importante pour réussir n’importe quelle période de transition. C’est cette charte qui empêchera toute dérive de la part du système. Avant, le système utilisait les tendances politiques pour créer des problèmes et de l’instabilité dans la classe politique. La charte est justement la garantie pour tout le monde.

Quid du panel de Karim Younès et des rencontres de concertation qu’il mène ?
Le panel de Karim Younès est une manœuvre politique qui vise à diviser le Hirak. Ce panel est en campagne pour l’élection de celui qui sera le candidat du système pour l’élection présidentielle. Nous avons constaté dernièrement qu’il y a eu des représentants d’enseignants universitaires qui sont allés voir Karim Younès et ses membres. Là, je me demande qui les a délégués ? Malheureusement, aujourd’hui, tout le monde prétend représenter une catégorie. D’ailleurs, ceux qui prétendent représenter les différents secteurs étaient majoritairement favorables au scénario du cinquième mandat pour l’ancien président Abdelaziz Bouteflika. Ce qui est inacceptable.

Les acteurs de la société civile et les politiques prévoient une rentrée sociale dure et mouvementée. Etes-vous de cet avis ?
La rentrée sociale ne sera certainement pas comme les autres. Mais ce qui fait plus peur, ce sont les signes d’une crise économique et sociale très aiguë. Ce qui va générer, par la suite, une succession de revendications populaires qui risque de faire dévier le mouvement populaire pacifique de ses objectifs. C’est là où réside le danger.