Le professeur Rabah Lounici, enseignant à l’université d’Oran et observateur de la scène politique, aborde dans cet entretien la série de rencontres engagées depuis samedi par le président Tebboune. Il croit que la démarche peut installer la confiance entre les dirigeants et la classe politique. Il estime, par ailleurs, «nécessaire» de nommer un gouvernement plutôt politique que technocrate.

Reporters : Le président Tebboune a entamé samedi une série de rencontres avec les partis politiques. Quels seraient les objectifs d’une telle démarche ?
Rabah Lounici : Il faut souligner que le président Tebboune avait mené précédemment une série de rencontres avant la Covid-19. C’était exactement au mois de janvier 2020 quand il a rencontré quelques chefs de partis, ainsi que d’autres personnalités nationales comme Mouloud Hamrouche et Taleb Ibrahimi et bien d’autres. L’objectif de ces rencontres, c’est de prendre connaissance des différentes démarches, appréciations et propositions de toutes les forces politiques algériennes, de façon à concrétiser les objectifs du hirak qui est à son 2eanniversaire.
Je pense que c’est l’objectif principal de ces rencontres. Le président essaie aussi, à travers ces rencontres, de montrer à ces partis politiques, ses vraies intentions, ainsi que les problèmes et les défis nationaux et internationaux auxquels le pays fait face. Il s’agit également de faire adhérer des acteurs politiques pour s’engager dans la défense des intérêts communs de l’ensemble des Algériens.
A mon sens, cela nécessite un gouvernement politique au lieu d’un gouvernement technocrate. Il faut miser sur la participation de toutes les forces et partis politiques afin d’élaborer un projet commun pour l’Algérie nouvelle où le hirak et ses revendications trouveront une place, et que l’Algérie nouvelle sera édifiée par des représentants élus dans des élections législatives et locales transparentes et honnêtes.

Quels pourraient être les atouts et les limites de la démarche de dialogue ?
Je pense que la démarche sera couronnée de succès eu égard à la sincérité qu’affiche le président, mais aussi à la participation à ce dialogue des partis connus par leurs refus et opposition à toute démarche émanant du pouvoir politique. Ce qui veut dire qu’il y a une certaine confiance dans la démarche conduite par le président lui-même contrairement aux démarches de dialogues précédentes qu’a connues l’Algérie.

Pouvons-nous voir à travers cet emballement des signes et les prémices d’une nouvelle carte politique à l’aune des futures échéances politiques qui s’annoncent ?
Oui, il y aura une nouvelle carte politique où on trouvera beaucoup de jeunes et élites hirakistes dans les prochaines assemblées populaires et même au sein de l’Exécutif surtout qu’il y aura probablement de grands partis proches des revendications du hirak dans les prochains jours et qui obtiendront éventuellement de bons résultats dans ces élections à venir. L’Algérie nouvelle sera édifiée par beaucoup de ces nouveaux élus issus du Hirak. Cela n’exclut pas les anciens partis pour l’instant, mais c’est possible qu’ils deviennent des partis affaiblis et surtout devancés par de nouvelles formations politiques issues du hirak après l’élaboration de la nouvelle loi organique des partis juste après la loi organique des élections.

Les partis dits de l’ancienne alliance (FLN, RND, TAJ, MPA…) ne sont pas associés (pour le moment) dans ce dialogue. Quelle lecture faites-vous ?
Il me semble que le président veut bâtir son projet de l’Algérie nouvelle sans ses partis rejetés par le hirak et qui ont eu une grande responsabilité dans la crise actuelle. Toute démarche dans laquelle sont associés ces partis est condamnée à l’échec. Mais on ne peut les exclure que par des élections. Le peuple est souverain, et c’est pour ça qu’on se dirige vers la dissolution des Assemblées populaires dans les jours à venir pour qu’elles n’aient pas une influence sur les échéances politiques prochaines et aussi sur les nouvelles lois organiques, surtout la loi sur les élections.
D’où la possibilité de voir le président légiférer par ordonnance afin que les élus de ces partis fortement présents à l’APN soient mis à l’écart de l’adoption des lois.