La recrudescence du discours haineux et à connotation raciale et régionaliste n’a pas laissé indifférentes les autorités du pays décidées visiblement à mettre le holà après plusieurs cas de dérives. Avant le cas du directeur de la Culture de la wilaya de M’sila désormais limogé et qui a dénigré, suprême ignominie, Abane Ramdane, d’autres « responsables » ont commis des dérapages semblables.

PAR NAZIM BRAHIMI
En effet, l’outrage signé, avant-hier, par le directeur de la culture de la wilaya de M’sila, Rabah Drif, n’a pas laissé indifférentes les institutions de l’Etat. Le propos était tellement inacceptable que le ministère de la Culture n’a pas tardé pour renvoyer l’auteur à son irresponsabilité et annoncer son limogeage. « Attenter à la mémoire de Abane Ramdane est un acte inacceptable dans le fond et la forme », a indiqué un communiqué du ministère de la Culture. Abane Ramdane «est l’une des figures emblématiques de la glorieuse Révolution nationale et l’un des architectes du Congrès de la Soummam », ajoute le ministère, pour qui, « l’atteinte à la mémoire des chouhada et des moudjahidine qui ont sacrifié leur vie pour la patrie ne relève en aucun cas de la liberté d’expression». Qualifiant l’acte d’« irréfléchi» et de
« moralement et politiquement inacceptable émanant de l’un de ses cadres », le ministère estime qu’il s’agit d’une attitude qui « ne respecte pas les règles de responsabilité dont doit faire preuve chaque cadre et homme de culture qui assume la direction de la culture et représente la politique culturelle du gouvernement auprès des citoyens et des habitants des wilayas du pays». D’aucuns s’interrogeraient, en effet, sur les motivations d’un tel dérapage commis par un scénariste de plusieurs films sur l’histoire et qui a eu à occuper le poste de directeur du musée national Nasreddine-Dinet avant d’être à la tête de la direction de la culture de la wilaya de M’sila. Cet incident intervient au moment où des pans entiers de la société transcendent leurs singularités respectives pour entrevoir un véritable vivre-ensemble, comme ce fut le cas à l’occasion de la célébration du Nouvel an berbère 2970, plus que jamais approprié par l’ensemble de la société pas uniquement dans les régions berbérophones. En tout état de cause, le dérapage du directeur de la culture de la wilaya de M’sila, Rabah Drif, qui est manifestement loin de « drif » comme le suggère son nom, est venu sonner un niveau inacceptable d’expression de haine aussi bien dans l’espace public que sur la Toile. Car à l’évidence, plus d’un dérapage du genre a été commis antérieurement par des acteurs et des responsables. Sur les réseaux sociaux, la palme des dérives sur fond de haine contre toute expression amazighe revient incontestablement à Naïma Salhi, parlementaire controversée qui collectionne les bourdes en semant les germes de la fitna jusqu’à susciter des réactions belliqueuses. Il y a ainsi double faillite de la concernée, qui n’honore point son statut de députée et de responsable politique auprès de l’opinion publique. L’ancien ministre de l’Intérieur, Salah Eddine Dahmoune, s’est distingué, lui aussi, par des propos obscènes à l’égard des Algériens, coupables à ses yeux d’avoir une opinion différente de la sienne. C’est, en effet, en pleine campagne électorale pour la présidentielle qu’il a qualifié les opposants à la présidentielle de «traîtres», de «pseudos-Algériens», de «mercenaires», de «pervers» et d’«homosexuels» qui «véhiculent les idées restées attachées au colonialisme». Le dérapage du sieur Dahmoune a été commis alors qu’il s’exprimait devant des sénateurs. Cette dérive n’est pas heureusement restée impunie dans la mesure où sitôt investi au poste de premier magistrat du pays, Abdelmadjid Tebboune a mis fin aux fonctions de Dahmoune. La juriste Fatima Zohra Benbraham a fait parler d’elle, aussi, quand elle a qualifié les détenus du drapeau amazigh de «trafiquants de drogue» et de « criminels ». Des propos qui ont suscité un tollé au sein de l’opinion. En définitive, l’instruction de Tebboune ne peut être que salvatrice dans le sens où elle devrait mettre fin à une montée du discours haineux dans l’impunité totale. <