La suspension de la parution du journal d’expression amazighe Tighremt (La Cité), lancé il y a une semaine, continue de mettre en colère son équipe de rédaction et particulièrement son premier responsable.
«Je déplore l’impasse née de cette interdiction d’imprimer Tighremt, et je rappelle le droit à l’information de citoyens de plus en plus nombreux à lire en langue amazighe, transcrite dans la graphie latine», nous a déclaré, hier, le directeur de la publication Fodil Mezali.
«On m’a signifié que je serai reçu la semaine prochaine par le ministre de la Communication», explique-t-il, en rappelant que «la question du caractère de transcription est exploitée politiquement par des courants idéologiques arabo-baâtistes». «Il n’y a pas de raison de suspendre un journal d’expression berbérophone parce qu’il a opté pour le caractère latin», poursuit notre interlocuteur. Ce dernier n’omet pas de rappeler que les départements de langue et culture amazighes des wilayas de Béjaïa, Tizi Ouzou, l’ENS de Bouzaréah ou celui de Batna, ont recours à la graphie latine sans que cela leur soit reproché. Il en de même pour les candidats à la présidentielle du 12 décembre dernier qui, en campagne électorale, ont rédigé la version amazighe de leur programme en caractère latin, a-t-il ajouté.
La question de la graphie à adopter dans la transcription de tamazight sera tranchée par l’Académie algérienne de la langue amazighe (AALA), avait indiqué à maintes reprises son président, le professeur Mohamed Djellaoui. «L’AALA est la seule habilitée à le faire via un travail purement scientifique et académique, sans aucune interférence politique ni idéologique», souligne M. Mezali qui relève que le Haut-commissariat à l’amazighité a opté pour l’édition en caractère latin sans qu’il ne soit embarrassé par une quelconque partie. Récemment, le HCA avait signé une convention de coopération avec l’Entreprise publique de télévision (EPTV) pour la promotion de tamazight, à travers la formation de journalistes et de techniciens en vue d’améliorer le contenu, d’ajuster et d’unifier la terminologie amazighe. Avant-hier, le professeur en traductologie et sciences du langage, Abderezzak Dourari, qui est également directeur
du Centre national pédagogique et linguistique pour l’enseignement de tamazight (CNPLET), a dans une lettre adressée au ministre de la Communication, estimé que le journal suspendu participe avec sa «ligne éditoriale d’une perception moderne de la langue et de l’identité amazighe et milite pour une citoyenneté algérienne assumée». «Il serait regrettable de retomber dans des querelles insignifiantes relatives à la symbolique des graphies quand l’enjeu véritable est de cette ampleur. Etant donné la conjoncture de la société, et après que la polynomie (plusieurs normes et variétés de la langue) de tamazight ait été consacrée dans l’actuelle Constitution (de 2016), la polygraphie devrait aussi l’être pour donner du temps à la réflexion apaisée», souligne Dourari.
Le premier journal d’expression kabyle, dont le premier numéro est sorti le 22 février, est toujours sous le coup d’interdiction d’impression. n