Le plan d’action du gouvernement Djerad énumère une série de mesures positives qui pourraient desserrer l’étau actuel sur les finances de l’Etat, en particulier, élargissement de l’assiette fiscale, meilleure collecte de l’impôt, lutte contre la fraude fiscale, contre la surfacturation, légalisation de l’informel, révision du système de subventions, développement du marché obligataire, financement des entreprises via la Bourse. Mais ce document de 67 pages ne comporte pas de chapitre consacré exclusivement au redressement de la situation financière du pays, qui exige des mesures à court terme à l’évidence, pour surmonter la crise financière que vit le pays. Cette omission, nous semble-t-il, constitue l’une des faiblesses d’un programme gouvernemental qui, il faut le souligner encore une fois, comporte beaucoup de remèdes positifs à la paralysie actuelle de l’économie nationale et de solutions adéquates pour remettre le pays sur les rails de la croissance forte et durable. Pourtant, suivant de nombreux experts nationaux, le redressement à court terme de la situation financière, en particulier un « pack » de solutions aux difficultés budgétaires du pays, constitue l’une des priorités des priorités à court terme. Le Premier ministre Djerad a averti, lors du Conseil de gouvernement consacré à l’adoption du plan d’action, « ne vous attendez pas à une feuille de route précise avec des échéanciers, ce sera plus tard avec les feuilles de route sectorielles », c’est-à-dire pour chaque département ministériel.
Ces derniers dresseront un programme d’actions beaucoup plus précis et avec des échéanciers. Dans la foulée, le document signale que la trajectoire budgétaire pluri annuelle sera déterminée plus tard. Les actions court terme sur la voie de ce redressement, du moins les premières le seront à la faveur de l’élaboration de la loi de finances complémentaire 2020, qui sera prête en juin ou juillet 2020.
Nous ne voyons donc pas en filigrane les moyens financiers précis adossés aux différentes actions économiques qui sont programmées dans le plan d’action du gouvernement. Ce programme nécessitera des dépenses supplémentaires dès la première année de son application. Le document ne montre pas comment sera couvert ce besoin financier supplémentaire. Les sources de financement sont éparpillées dans différentes parties du document sans renvoi à la nécessité de faire face à la crise financière que vit le pays.
Tout semble converger vers la priorisation des chantiers institutionnels notamment politiques telles que la révision de la Constitution, de la loi électorale, des textes économiques au détriment de mesures de règlement de la crise financière à mettre en œuvre rapidement. «Tout se passe comme si le Président Abdelmadjid Tebboune a beaucoup de temps et comme si en économie, les choses ne vont pas trop vite », lance un économiste qui a requis l’anonymat. La course contre la montre ne semble donc pas engagée paradoxalement. Un autre économiste a confié que cette trajectoire budgétaire plurie annuelle est nécessaire si le gouvernement recourt à l’endettement extérieur. La communauté financière internationale, les investisseurs nationaux et étrangers ont besoin de cette visibilité pour décider de s’engager ou non dans le pays.
Il pèche en outre par des généralités, à l’exception de la mesure de suppression d’impôts pour les salariés touchant 30 000 dinars et moins par mois. Il n’énonce pas, non plus, le mode d’emploi relatif à l’amélioration du pouvoir d’achat des Algériens, mesure phare prévue dans le document.