L’actualité politico-éditoriale a été marquée, au début de ce mois, par la parution de «Qui sont ces ténors autoproclamés du Hirak algérien ?», dernier ouvrage de l’universitaire Ahmed Bensaada. Dès sa sortie, le livre s’est retrouvé au centre d’une grande polémique, principalement sur les médias sociaux. Pour certains, c’est un livre-enquête, digne d’un travail académique, pour d’autres, c’est plutôt un pamphlet vindicatif.

«Qui sont ces ténors autoproclamés du Hirak algérien ?» a suscité d’emblée de nombreuses réactions par anticipation, essentiellement négatives. Les critiques étaient concentrées sur le profil de l’auteur et sur le titre, notamment le terme «auto-proclamés». Des Hirakistes «influenceurs» se sont lancés dans une campagne d’indignation reprochant à Bensaada ce choix d’intitulé. A satiété, ils répétaient que le mouvement de protestation enclenchée le 22 février 2019 n’a jamais eu de leaders et donc le titre, selon eux, était plus que trompeur. Ils n’omettront pas, très souvent, de faire un parallèle entre le nouvel ouvrage et un autre du même auteur, «Arabesque américaine : Enquête sur le rôle des Etats-Unis dans les révoltes arabes», sorti en 2012. Pour les «anti-Bensaada», il est inacceptable d’accuser le Hirak d’être noyauté par des ONG atlantistes. D’un autre côté, les défenseurs de l’auteur soutiennent le contraire et mettent souvent en avant le «complot» que cacheraient plusieurs figures du mouvement.
Toutefois, tout le brouhaha autour de la sortie du livre a eu lieu alors que la majorité des «intervenants» affirmaient ne pas avoir lu le livre, et nombreux parmi eux précisaient même qu’ils n’allaient pas se le procurer «en signe de protestation». Mais qu’en est-il vraiment du contenu du livre ? N’est-ce pas le plus important à explorer !
Il faut noter tout d’abord que le livre a trois signatures. La principale est évidemment celle de Ahmed Bensaada. Les deux autres sont deux journalistes étrangers. Le premier, auteur de la préface (9 pages) est Majed Nehmé, franco-syrien, directeur du magazine Afrique Asie, et considéré comme un analyste des questions géopolitiques. L’autre est Richard Labévière, Français, auteur de la postface (rédacteur en chef du site prochetmoyen-orient.ch. La part du lion en termes d’«espace» revient néanmoins aux quatre annexes (61 pages). Dans ce livre, les «cibles» de Ahmed Bensaada étaient surtout trois personnes, le sociologue Addi Lahouari et les deux avocats, Zoubida Assoul et Mustapha Bouchachi. A ce trio, il faut ajouter, à un degré moindre, Hakim Addad, l’ex-président de l’association RAJ. Les principaux reproches étalées dans l’ouvrage (avec comme «atouts», les documents des annexes) sont les relations de ces personnes avec des organisations étasuniennes. Ahmed Bensaada revient sur la collaboration, «entre 1990 et 2000», du sociologue Addi Lahouari avec un forum lié à la fameuse organisation NED (National Endowment for Democracy) présentée comme une vitrine civile de la CIA. Le livre relève également les financements (directs et indirects) de cette dernière (ainsi que d’autres organisations américaines) alloués à la LADDH, du temps (2007-2012) où elle était présidée par Mustapha Bouchachi et à la AWLN (Arab Women’s Legal Network), une ONG regroupant des avocates du monde arabe, et dont l’une des fondatrices était Zoubida Assoul. L’ouvrage s’étale également sur les relations de Addi Lahouari et de Mustapha Bouchachi avec la mouvance islamiste. Il insiste, entre autres, sur deux «rencontres». La première se déroulant en février 2019, dans les locaux de la chaîne TV «Al Magharibia», et l’autre, organisée, il y a quelques mois, à Paris, par le mouvement Rachad. Cette double relation (financement américain et mouvance islamiste) «rappelle» à Ahmed Bensaada «la politique étasunienne qui favorise l’installation d’islamistes à la tête des pays de la région MENA (Middle East North Africa)».
Il est à noter que ce livre ne peut être considéré comme une analyse du Hirak. Il s’agirait plutôt d’un «zoom» (que certains qualifient de subjectif) sur le parcours de quelques personnalités, certes non représentantes du mouvement, mais dont la médiatisation est indéniable. Evidemment, chacune de ces personnes prendra du temps, ou non, afin de riposter au contenu de cet ouvrage. Lahouari Addi a pris les devants, en réagissant sur les colonnes de Reporters – voir interview : Lahouari Addi : «Je déposerais plainte contre l’auteur et la maison d’édition» –