Invitée d’Alger à l’occasion de la clôture du Colloque international sur «La poésie et la musique andalouse », organisé dans le cadre de la manifestation «Tlemcen, capitale de la culture islamique», l’association «Cham’s» pour les arts thérapeutiques avait donné, dans la soirée de mercredi 15 juin 2015, au sein du palais de la culture Abdelkrim-Dali d’Imama (Mansourah)

, un concert devant un public conquis en présence du commissaire de ladite manifestation Abdelhamid Benblidia et du directeur du CNRPAH, Slimane Hachi, avec comme illustre invité d’honneur Djamel Allam. Et pour cause. L’orchestre comptant une quarantaine d’éléments entre choristes et instrumentistes est composé d’enfants et d’adolescents « handicapés » (trisomiques, autistes…). La flûte à bec recorder primait en nombre (une vingtaine) sur les autres instruments de musique, tels le luth, le violon, la mandoline, la mélodica… Un choix à priori pédagogique. Aux côtés de l’inamovible synthétiseur joué par Djamel Merahi, chef de chœur. En ouverture, une compilation algérienne intitulée « Djawla fi biladi » (puisée du répertoire de Wahbi, Blaoui, Ourad, Mrizek, Meriem Abed, Ali Maâchi, Mena’i, Teldja, Zoulikha, Cherifa, Chaou, Guerrouabi… La deuxième partie du programme était marquée par le chant polyphonique, illustré par un « Hymne à la joie » à 4 voix (Beethoven), un « Nabucco » classique (Verdi) et un « Freedom » à 4 voix (Gospel). Avec, cerise sur le gâteau, une danse en couple dédiée à «Ferha wa zaoua fil El Djazaïr». A titre exceptionnel et en sa qualité d’invité d’honneur, Djamel Allem, arborant un costume blanc et portant un chapeau à l’avenant, dédia (en play back) une chanson « Dassine » (tirée de son dernier album «Les youyous des anges », sorti en 2008 aux éditions Belda) qu’il interpréta en duo avec la jeune non-voyante Dassine de «Cham’s».
« Dassine est amoureuse folle de Djamel », confia sur un ton enjoué, sur la scène, le coordinateur Benblidia… Il convient de souligner dans ce sillage que la chanson titrée « Dassine » se veut une déclaration d´affection du chanteur à tous les handicapés, dont la nature met parfois des obstacles sur leur route. A propos du titre de l´album, l´artiste dira que les «youyous» sont, en général, l´une des façons qu´ont les femmes d´exprimer leur douleur et c´est un appel à la paix pour que les anges veillent sur nos enfants, au lieu de «diablotins» qui existent déjà beaucoup chez nous. Rappelons que l’artiste Djamel Allem, né le 26 juillet 1947 à Bedjaïa, est mort le samedi 15 septembre 2018 à Paris, à l’âge de 71 ans. Il faut savoir que Dassine est un prénom amazigh porté par le passé par une noble dame touarègue (1885-1930) Ult Lhena. Quant à Dassine Ult Yemma, c’était une musicienne et poétesse targuie considérée comme «Grande sultane du désert» et «Grande sultane d’amour » car elle était messagère de paix entre les touareg dissidents.
Elle était contemporaine de Charles de Foucauld (1858-1916), un officier de cavalerie de l’armée française, devenu explorateur et géographe, puis religieux catholique, ermite et linguiste, qui parle d’elle comme d’une très belle femme. Dans le poème qui suit, elle décrit notre écriture, celle des Arabes et, particulièrement l’écriture tamacheq des Touareg, les tifinaghs.
Ce poème fait rêver et touche profondément par sa simplicité et sa profonde humanité : «Tu écris ce que tu vois et ce que tu écoutes avec de toutes petites lettres serrées, serrées, serrées comme des fourmis, et qui vont de ton cœur à ta droite d’honneur. Les Arabes, eux, ont des lettres qui se couchent, se mettent à genoux et se dressent toutes droites, pareilles à des lances : c’est une écriture qui s’enroule et se déplie comme le mirage, qui est savante comme le temps et fière comme le combat. Et leur écriture part de leur droite d’honneur pour arriver à leur gauche, parce que tout finit là : au cœur.
Notre écriture à nous, au Hoggar, est une écriture de nomades parce qu’elle est toute en bâtons qui sont les jambes de tous les troupeaux : jambes d’hommes, jambes de méhara, de zébus, de gazelles : tout ce qui parcourt le désert.
Et puis les croix disent que tu vas à droite ou à gauche, et les points – tu vois, il y a beaucoup de points – ce sont les étoiles pour nous conduire la nuit, parce que nous, les Sahariens, on ne connaît que la route qui a pour guides, tour à tour, le soleil et puis les étoiles. Et nous partons de notre cœur et nous tournons autour de lui en cercles de plus en plus grands, pour enlacer les autres cœurs dans un cercle de vie, comme l’horizon autour de ton troupeau et de toi-même. » (Ce poème de Dassine est tiré de « La Femme Bleue » de Maguy Vautier).n