Quatre jours après le lancement officiel de la campagne de vaccination contre la grippe saisonnière, le vaccin antigrippal se fait très rare, voire même inexistant, au niveau de l’ensemble des pharmacies du pays. Un état des lieux tout à fait attendu, compte tenu du très faible quota de vaccins réceptionné par les officines et de la très forte demande des personnes âgées ou malades chroniques contraintes de se soumettre à la vaccination dans le contexte sanitaire actuel marqué par la pandémie du coronavirus.
Ainsi, le vaccin antigrippal, bien qu’il ne soit pas remboursable à 1350 DA comme l’a décidé le Comité médical de remboursement des médicaments, fait l’objet d’une forte tension. « Ce dont les patrons d’officine ne sont aucunement responsables », atteste Messaoud Belambri, président du Syndicat national des pharmaciens d’officine (Snapo). Ce dernier, approché hier par Reporters, précise par ailleurs : « Le nombre de doses réceptionné varie d’une pharmacie à une autre mais ne dépasse pas les vingt unités. Certaines n’ont reçu que 5 vaccins, d’autres 10 et au meilleur des cas 20 unités. Et de signaler « dans ces conditions, la tension devient incontournable. C’est au ministère de la Santé d’y remédier au plus vite afin que du moins les malades chroniques et âgées, vulnérables à une contamination au virus Covid-19 soient moins exposés ». Pour le président du Snapo, « certes les 1,8 million de doses de vaccin importées ne vont pas suffire car la demande va atteindre des pics inimaginables au vu du contexte sanitaire actuel et à venir. C’est pourquoi, il serait judicieux de donner la priorité aux malades chroniques et de surcroît aux personnes âgées ». Sur la question du vaccin non remboursable, le président du Snapo rapporte que « certains l’ont appris à leurs dépens car s’étant vite empressés d’inoculer leurs clients gratuitement par la seule présentation de la carte Chifa, alors que le vaccin de cette année, tout autre dans ses caractéristiques que celui commercialisé, n’est pas enregistré sur la nomenclature Chifa des produits remboursables par la Sécurité sociale ».
Revenant sur le vaccin antigrippal de cette année, Belambri apporte cette précision : « Il comporte quatre souches au lieu de trois dans le précédent vaccin. Ce passage de trois à quatre souches a été exigé par l’OMS. En clair, cette nouvelle formule a la capacité toute à la fois d’immuniser contre la grippe et de freiner les complications en cas de contamination au virus Covid-19 ». Comme il fait savoir que « le vaccin commercialisé chez nous, cette année, provient de l’un des leaders mondiaux dans la production de vaccins, en l’occurrence le groupe Sanofi ». A propos de la disponibilité du vaccin en amont, c’est-à-dire chez les grossistes, Belambri se dit révolté par certaines pratiques orchestrées par les distributeurs. En effet, ce dernier tient à dénoncer « la pratique concomitante dont usent et abusent certains distributeurs ». Expliquant que « certains fournisseurs sans scrupule nous exigent de prendre d’autres médicaments avec le vaccin. Tandis que d’autres font carrément dans le tri de la clientèle. A certains, on leur dit que le vaccin n’est pas disponible, à d’autres, la commande est réduite et, enfin, pour leurs privilégiés toute la commande est satisfaite ». « Avec des quotas si importants, ces derniers n’hésitent pas à se transformer en demi-grossistes, alors que cette qualification ne devrait pas exister sur un produit pharmaceutique aussi vital », déplore le syndicaliste. Devant ces dérives, le syndicaliste appelle les autorités concernées à intervenir « car il s’agit d’un vaccin dont devraient disposer toute personne à qui il est recommandé en ces temps de se faire vacciner contre la grippe saisonnière », a-t-il conclu.
Il importe de savoir enfin, et selon des sources concordantes, que le Comité médical de remboursement a la prérogative de donner un avis favorable pour rendre le vaccin remboursable. Mais ne pouvant être adopté que par décret ministériel et ensuite mentionné sur le Journal Officiel, ce qui veut dire que ce n’est pas demain que le vaccin sera remboursable. D’ici là, nombreux seront ceux qui n’auront d’autre choix que de se rendre auprès des établissements hospitaliers du secteur public pour se faire vacciner gratuitement. n