La colère n’est pas encore digérée depuis la violence immonde subie par des enseignantes du cycle primaire à Bordj Badji-Mokhtar, dont l’enquête des services de sécurité est en cours, que d’autres institutrices exerçant à Biskra viennent d’être attaquées par un individu dans le logement de fonction qu’elles occupent dans le quartier dit «El Alia».

PAR NAZIM BRAHIMI
Faits prémédités pour des desseins inavoués comme peut le suggérer la succession des deux agressions ou actes isolés comme cela se produit dans un pays où la violence est omniprésente ? Quelle que soit la réponse à cette interrogation en se basant, selon toute vraisemblance, sur les conclusions à venir des investigations policières, nous sommes bel et bien devant des faits inacceptables, intolérables ciblant des femmes sans aucune protection et de surcroît exerçant le noble métier d’institutrice en assurant la formation des futures générations.
La sonnette d’alarme doit être tirée devant la gravité des faits avant que les choses ne dégénèrent et de voir les enseignants dans l’incapacité de tenir leur rôle et abandonner leur devoir. Dans ce qui constitue plus qu’une alerte, les enseignants notamment de la gente féminine exerçant dans la localité de Bordj Badji-Mokhtar comptent jeter l’éponge et ne plus assurer les cours qui restent d’ici les examens de fin d’année scolaire, qui ne se présentent pas sous de bons auspices au vu des grèves observées et celles qui peuvent l’être dans les prochains jours. Les deux faits, Bordj Badji-Mokhtar et Biksra, peuvent être symptomatiques d’une nouvelle forme de violence dont la cible n’est autre que la femme en général et l’enseignante en particulier, fragilisée déjà dans sa condition sociale puisque contrainte à un logement de fonction qu’elle partage avec de nombreuses collègues. Nouvelle forme dans le sens où l’agresseur n’est pas l’élève comme c’était le cas il y a quelques années, mais plutôt une horde d’individus dont les enquêtes révèleront les profils et éventuellement les antécédents.
En 2017, il est utile de le souligner, le ministère de l’Education nationale a mis en place «la stratégie du secteur pour la lutte et la prévention contre la violence en milieu scolaire» suite à la succession de comportements violents dans et autour des établissements scolaires. «La violence entre élèves représente 80%, alors que celle exercée par les élèves à l’égard des enseignants est de 13%, contre 5% pour la violence infligée aux élèves par les enseignants et 2% pour la violence entre enseignants», avait abouti une étude lancée en vue de définir les voies et moyens d’endiguer ce phénomène.
Désormais, les précédents de Bordj Badji-Mokhtar et Bikra sonnent le glas par une réaction salvatrice des autorités dans la mesure où c’est une catégorie bien définie du secteur qui subit la barbarie d’individus dans un temps qui n’est pas celui de l’enseignement. D’où la nécessité, tient à réclamer la famille de l’Education, de situer les véritables raisons de ces drames et de prendre les décisions et mesures adéquates avec les faits. Un Comité de solidarité avec les enseignantes de Bordj Badji-Mokhtar, composé de collectifs d’associations féministes, a tiré la sonnette d’alarme en interpellant les autorités et la société «contre la banalisation des violences faites aux femmes». Pour ce collectif, c’est le temps des interrogations sur fond d’inquiétude. «Combien faudra-t-il encore d’agressions, de viols, d’assassinats de femmes, de tentatives de féminicides pour qu’enfin ces crimes deviennent des interdits fondamentaux pour l’Etat, premier garant de l’intégrité des individus ? Combien faudra-il encore d’agressions, de viols, d’assassinats de femmes et de tentatives de féminicides, pour que ces crimes soient condamnés à la mesure des blessures occasionnées aux femmes victimes ?», s’interroge le collectif. Pour ce dernier, «la responsabilité de l’Etat, garant de la sécurité des personnes et qui n’a pas joué son rôle, est engagée totalement et sans équivoque», ajoutant que «la société en est également responsable lorsqu’elle banalise et tente de justifier ces horreurs en faisant porter la responsabilité aux victimes». Ces violences extrêmes révèlent, s’indignent les membres du même collectif, que «les femmes ne sont en sécurité nulle part sur tout le territoire national risquant leur vie en toute circonstance, y compris au sein même d’une institution, sur les lieux même de leur travail». Et de relever que ces violences rappellent les viols collectifs de la période terroriste, les 12 enseignantes assassinées près de Bel Abbès, les travailleuses de Hassi Messaoud, cibles d’expéditions punitives par des centaines d’hommes déchaînés à la suite de discours incitant à la haine, et cette femme de Ouargla dont le fils a été brûlé vif par des pyromanes, et toutes les agressions contre des femmes seules. <