Synthèse Salim Benour
Lundi 3 octobre 2022, les électeurs québécois ont à nouveau plébiscité la coalition de droite au pouvoir depuis quatre ans, selon les médias locaux de cette province francophone canadienne. Plus de 6 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes pour élire les 125 députés de l’Assemblée du Québec. Selon les premières estimations, la Coalition Avenir Québec (CAQ), parti nationaliste hétéroclite de droite, emmené par le Premier ministre actuel François Legault, remporterait quelque 50% des voix. Cette formation nationaliste fondée en 2011, pourrait faire mieux qu’en 2018 où elle avait raflé 74 des sièges avec un peu plus de 37% des voix. Derrière, les autres partis étaient très largement distancés avec en seconde position le Parti libéral du Québec (PLQ, centre-gauche) à moins de 15%, ce qui constituerait les pires résultats pour la formation qui a dirigé le Québec près de quinze années avant 2018. Il y a quatre ans, François Legault, ex-homme d’affaires multimillionnaire,était arrivé au pouvoir en réussissant son pari d’imposer une «troisième voie». Ni indépendantiste, ni fédéraliste, le fondateur de la compagnie aérienne Air Transat revendique une approche «business» de la politique et des valeurs nationalistes. «Je suis ravi de voir mon ami, le Premier ministre François Legault recevoir un autre mandat fort de la part des Québécois» a tweeté dans la soirée Doug Ford, le Premier ministre de l’Ontario, la province voisine. «Continuons à tisser des liens plus profonds entre nos deux provinces et à renforcer nos liens économiques qui créent des emplois bien rémunérés», a-t-il ajouté. La vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique du Québec, Geneviève Guilbault s’est réjouie des résultats devant la presse. «Les gens trouvaient qu’on avait bien géré la pandémie», a-t-elle estimé. «Il y avait quelque chose d’ingrat dans le fait d’avoir été un peu obligé de s’occuper de ça uniquement. Ils veulent nous laisser une chance, un plein mandat de quatre ans pour qu’on continue», a-t-elle ajouté. La question de l’identité québécoise a agité la campagne avec un parti au pouvoir qui a multiplié les déclarations fracassantes. Il serait «un peu suicidaire» d’accepter davantage de nouveaux arrivants, compte tenu du déclin du français, a notamment déclaré François Legault, qui avait auparavant associé violence et immigration. Son ministre de l’Immigration, Jean Boulet, est allé jusqu’à affirmer que «80% des immigrants ne travaillent pas, ne parlent pas français ou n’adhèrent pas aux valeurs de la société québécoise». Des propos qui ont trouvé un écho notamment parmi la population vieillissante de la province. Pour de nombreux Québecois, la question de l’immigration est importante, tout comme les questions économiques dans un contexte d’inflation galopante au Canada. «On sait qu’il y a beaucoup d’immigrants illégaux qui viennent. Il faut absolument trouver un moyen de colmater les brèches» entre les Etats-Unis et le Canada, a estimé un électeur interrogé par l’AFP. Avec la pénurie de main d’œuvre criante qu’affronte la province de près de 8,5 millions d’habitants, la question de l’immigration est aussi un véritable enjeu économique. n