« Avec Pep, il faut s’attendre à tout ». A tout, sauf à ça. Après coup, Rudi Garcia pouvait jubiler : oui, son OL, cette équipe qui semblait encore se chercher une âme et un fond de jeu en mars dernier, a « gagné la bataille tactique » face au Manchester City de Pep Guardiola. Il faut se pincer pour l’écrire. C’est pourtant vrai : l’un des plus grands entraîneurs de sa génération s’est trompé dans les grandes largeurs à Lisbonne.
A trop penser, Guardiola s’est égaré. Sans doute échaudé par le Monaco de 2017, le Liverpool de 2018 et le Tottenham de 2019, le Catalan a refusé d’assumer son ADN, son mantra depuis ses débuts tonitruants sur le banc barcelonais : jouer au sens noble du terme, assumer le risque inhérent et ne pas tomber dans les calculs d’apothicaires.
Samedi, son idée de 3-5-2 ressemblait à une volonté de limiter la casse derrière. Il a surtout empêché City d’en faire devant. Seul créatif au milieu, De Bruyne s’est retrouvé isolé et plus facilement encerclé par les milieux lyonnais tandis que Riyad Mahrez, Bernardo Silva, David Silva ou Phil Foden trépignait d’impatience sur le banc. Là aussi, Guardiola a fauté en refusant d’admettre s’être trompé.
Après coup, il restait d’ailleurs fidèle à sa ligne de conduite. « Dans cette compétition, la tactique n’est pas le plus important, a-t-il avancé à la surprise générale. Dans les 15-20 dernières minutes de la première période, on était là. On s’est créé des occasions, mais on a commis des erreurs, et dans cette compétition… »

Les démons de Sterling, la fin de règne national
La tête des mauvais jours, le Catalan s’est clairement forcé à répondre aux questions des journalistes alors qu’il n’a pas semblé avoir de réponses lui-même. Tout juste a-t-il pu tenter de s’auto-persuader dans une tentative de méthode Coué qui ne lui sied guère : « C’est comme ça, un jour on arrivera à franchir ce gouffre, a-t-il espéré, fataliste. Lors des premières 20 à 25 minutes, on a eu du mal à trouver comment attaquer de façon plus fluide, mais les dernières 15 ou 20 minutes ont été bonnes, la seconde période était OK, j’ai eu le sentiment qu’on était meilleurs, mais vous savez, il faut être parfait dans ce type de compétition quand ça se joue sur un match ».
Plus que dans le jeu, c’est aussi dans la tête que les démons passés sont revenus hanter les cerveaux citizen. Privé d’un but par le VAR la saison passée en toute fin de rencontre face aux Spurs, Raheem Sterling a mis de longues minutes à se relever de son énorme échec de la 86e minute de jeu. Seul face au but, l’Anglais a expédié le ballon dans les tribunes, laissant Guardiola à genoux dans sa zone technique. Et ça, toutes les tactiques du monde ne l’efface pas.
Quatre ans après son arrivée à Manchester, on a toujours cette impression tenace que la moindre secousse européenne peut faire dérailler le bus citizen, pourtant lancé à pleine vitesse. Quatre ans après son arrivée, Guardiola doit donc encore repartir de zéro, ou presque. A priori, cela se fera encore à coup de millions, histoire de faire grimper la cagnotte au-dessus des 800 millions d’euros depuis son arrivée (781 à l’heure actuelle). Pas sûr que cela suffise. Pas sûr non plus que la patience des propriétaires de City soit infinie.
Rien n’était trop beau pour avoir Guardiola. Après des débuts pianos, la lune de miel aura été belle, intense. Mais elle a pris fin en cette année 2020, marquée par la domination anglaise du Liverpool de Klopp et le nouvel échec européen d’un coach qui n’a plus gagné le Graal depuis 2011. Au fond, c’est Kevin de Bruyne, fataliste comme rarement, mais sans filtre comme souvent, qui a tout résumé au coup de sifflet final : « Les années passent mais les résultats restent les mêmes ». Jusqu’à quand ? n