Le procès de Karim Tabbou, coordinateur de l’Union démocratique et sociale (UDS), qui s’est déroulé, hier, au parquet de Sidi M’hamed, a pris les allures d’une tribune politique, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’édifice.

PAR NAZIM BRAHIMI ET MILINA KOUACI
Tribune politique, d’abord, pour l’accusé mis en taule depuis le 26 septembre dernier, défendant son innocence, jusqu’à ce que le parquet requiert une peine de 4 ans de prison ferme, assortie d’une amende de 200 000 DA, ouvrant la voie à toutes les interprétations suggérant «un traitement spécial» pour le militant politique.
Tribune politique aussi, au vu de l’ambiance qui a accompagné, dès les premières heures du jour, le déroulement du procès où des centaines de personnes se sont mobilisées pour apporter leur soutien à Tabbou et réclamer sa libération. Parmi les soutiens politiques de Karim Tabbou figuraient d’anciens détenus, à l’image du moudjahid Lakhdar Bouregaâ et de Fodil Boumala, assis pendant le déroulement du procès aux côtés des parents de l’ancien premier secrétaire du FFS. La salle d’audience était pleine à craquer quand Tabbou fait son apparition sous les applaudissements de l’assistance, qui scandait «Djazaïr Horra Democratia» (Algérie libre et démocratique).
Le collectif de défense, une centaine d’avocats constitués pour le dossier de Karim Tabbou, dénonce la «non-constitutionalité des poursuites judiciaires contre Karim Tabbou. La séance est levée pour consultation sur l’avis des avocats dans une ambiance rarement connue en plein procès.
Entre temps, les avocats ont convenu, suite à la demande de maître Salem Khatri, du barreau de Béjaïa, et de Mostefa Bouchachi, après de courtes consultations, de désigner uniquement 15 avocats pour plaider l’innocence du mis en cause.
A la reprise de la séance, le juge s’adressa à Karim Tabbou pour lui signifier qu’il comparaît devant le tribunal non pas en sa qualité de militant politique mais en celle de citoyen. «Vous êtes ici en votre qualité de citoyen et non de militant politique», dit le juge. Niet de la part de Tabbou. Irrecevable, semble dire la gestuel de Tabbou. «Je suis ici pour mon activité et mon militantisme politique», lui rétorque Tabbou avec sa fougue habituelle. «Je ne peux porter atteinte à l’intégrité du territoire national», assène Tabbou non sans convoquer des faits.
«Pourquoi avez-vous qualifié l’institution militaire de parti politique ?» l’interroge la juge. Ce dernier répond : «Mon respect à l’Armée et l’institution militaire est naturel. Nous comptons tous des membres de la famille au sein de ce corps. Mais, en tant que politique, je ne peux saluer les discours comme ceux entendus ces derniers temps. Il est de mon droit d’émettre des critiques. Si ce n’est les besoins de ce dossier, je n’aurai jamais évoqué Gaïd Salah, paix à son âme.».
«Aujourd’hui, c’est l’institution militaire qui prononce des discours à partir des casernes et interdit aux politiques de faire de la politique», dit Tabbou, qui fait part de son «respect pour l’institution militaire», mais aussi de sa «désapprobation» qu’elle intervienne dans le politique. «Moi, je milite pour un Etat de droit», soutient Tabbou. Le juge interrompt Tabbou et lui dit qu’il existe une Cour suprême pour soulever cette problématique. «J’ai l’esprit critique», répond Tabbou, pendant que l’écho des chants à l’extérieur résonnent entre les murs de la salle d’audience et accompagnent le procès, pendant que le Comité national pour la libération des détenus (CNLD) a fait état de quelques arrestations devant le Parquet de Sidi M’hamed, dont le député du FFS, Djamel Balloul.
Dans ses réponses au juge, Tabbou a dénoncé les conditions de son incarcération dans la prison de Koléa
(Tipasa). Il a même lancé un défi au ministre de la Justice, garde des Sceaux, sur la «violence» qu’il a subie durant l’enquête. «Je suis dans un isolement total. Je passe 20 heures sur 24 isolé et dans des conditions catastrophiques», témoigne-t-il, suscitant l’émoi de l’assistance envahie par un sentiment d’indignation.
Karim Tabou, placé en détention provisoire le 12 septembre dernier à la prison de Koléa est poursuivi pour «atteinte au moral de l’Armée» et à «l’unité nationale et «incitation à la violence». Après deux demandes rejetées, Karim Tabou a fini par être remis en liberté le 25 septembre 2019, mais moins de 24 heures après, il a été de nouveau arrêté et présenté, le 2 octobre, devant le juge d’instruction près le tribunal de Sidi M’hamed qui l’a placé une nouvelle fois en détention provisoire.
Depuis, son portrait et des banderoles portant son nom sont exhibés
lors des marches populaires exigeant sa libération et celles des autres
détenus. n