L’Algérie a célébré, hier, le 49e anniversaire de la nationalisation des hydrocarbures, une opportunité de mesurer les progrès accomplis et de situer les fragilités d’une compagnie nationale qui s’est hissée parmi les dix premières compagnies pétrolières dans le monde dans les années 1990 et début des années 2000 et qui se retrouve, aujourd’hui, dépassée par au moins plus de vingt groupes pétroliers internationaux.

Au chapitre rose, il convient de souligner que l’Algérie a atteint son objectif visé par la nationalisation de 1971, à savoir la récupération de ses richesses hydrocarbures et sa souveraineté sur les ressources pétrolières et gazières du pays. Elle a également atteint un second objectif, le financement de l’économie nationale, disait Aït Laoussine, l’ex-ministre de l’Energie et l’un des acteurs de cette nationalisation. Mais elle a raté celui de la diversification de son économie grâce aux ressources financières tirées de ses exportations de gaz et de pétrole, a-t-il ajouté. L’une des grandes satisfactions, quarante-neuf ans après cette date historique, est la présence au sein de Sonatrach et de manière générale dans le secteur de l’énergie de cadres à haut potentiel, d’experts et de spécialistes qui augurent de perspectives prometteuses pour le secteur au cours des deux prochaines décennies, si ce potentiel est bien exploité. L’autre satisfaction est le potentiel hydrocarbure qui demeure très prometteur, en dépit du déclin des plus vieux gisements et la chute des réserves hydrocarbures. Les réserves en gaz ont baissé de moitié.
Ce qui inquiète au plus haut point, quarante-neuf ans après la nationalisation des hydrocarbures de 1971, est la gouvernance de Sonatrach. En un mot, Sonatrach vit aujourd’hui de graves difficultés de gestion. Le meilleur indice de cette mauvaise gouvernance est cette instabilité managériale à la tête de la compagnie pétrolière nationale, dont l’illustration est la nomination de trois P-DG en moins de 10 mois. «Arrêtez le massacre», avait réagi récemment Sid-Ahmed Ghozali, l’ancien ministre de l’Energie et ancien P-DG de Sonatrach. Cette personnalité, qui a contribué au développement d’une puissante industrie pétrolière, a recensé plus de 10 P-DG depuis 2000, soit une durée de vie moyenne de moins de deux ans. Ce qui n’était guère le cas dans les années 1970-80 et 90. Cette instabilité managériale, due en partie à une emprise du politique sur les rênes de la compagnie pétrolière nationale, n’a pas été sans conséquences sur les performances de la compagnie nationale dont la plus saillante est la chute importante de la production hydrocarbure pendant ces trois dernières années, favorisée par l’énorme retard dans la mise en service d’une dizaine de nouveaux gisements de pétrole et de gaz qui auraient pu compenser, en 2016-2017 et 2018, le déclin de production des vieux gisements. A noter également le départ massif consécutif au scandale, de 2010, de milliers de cadres de Sonatrach, ce qui l’a énormément affaibli. En dépit du fait que cette situation était exposée par différents médias nationaux et par plusieurs experts nationaux, les hautes autorités du pays n’avaient guère réagi, pas donc d’identification précise des causes de ce reflux de la production, qui est à la source en partie de la chute des recettes de l’Algérie en devises et qui est à l’origine du recul de Sonatrach dans le classement des plus grandes compagnies pétrolières dans le monde.
Quarante décrets d’application de la loi sur les hydrocarbures en voie de promulgation
Aujourd’hui, avec la promulgation de la nouvelle loi sur les hydrocarbures, destinée à inciter davantage les compagnies étrangères à investir dans le secteur, une opportunité semble se présenter pour mobiliser davantage de capitaux, d’expertises et de solutions technologiques pour mieux optimiser l’exploitation des gisements, relancer l’exploration et développer plus rapidement de nouveaux gisements de gaz et de pétrole susceptibles de renouveler nos réserves en hydrocarbures. Mais là, encore une fois, il convient de rappeler que le nouveau cadre réglementaire est une condition non suffisante pour imprimer une dynamique au secteur. Pour que cette loi s’applique, il faudrait d’abord que 40 décrets d’application soient promulgués. «Nous sommes en plein chantier en vue de la promulgation de ces textes», a confié une source sûre proche du secteur. Pour que les investisseurs étrangers affluent, il convient ensuite de lever tous les obstacles bureaucratiques à l’investissement dans le secteur. Puis, de promouvoir les meilleures compétences à la tête de Sonatrach et dans les postes stratégiques, notamment dans les activités opérationnelles ainsi que le recrutement des meilleurs diplômés de nos universités et nos grandes écoles et l’appel au savoir-faire des Algériens de la diaspora dans les métiers très pointus notamment dans le trading et l’ingénierie financière. La mobilisation de cette ressource, autour des défis qui attendent Sonatrach, permettra à Sonatrach de relever les challenges de la production, de son positionnement et de redéploiement à l’international ainsi que de sa transformation au cours des deux prochaines décennies en énergéticien à l’instar de BP, Total, Shell, Engie.