Le Parquet de Sidi M’hamed tourne-t-il la page qui a fait de lui un Tribunal d’exception qui condamnait à la détention préventive tous les détenus du mouvement populaire qu’il a eus à juger ? C’est a priori ce que suggère le réquisitoire du procureur qui préconise l’abandon des charges et la relaxe des 19 manifestants arrêtés lors du 48e vendredi de marche populaire. Comment peut-il, en effet, en être autrement quand on compte les dizaines de militants, sinon plus, qui ont été condamnés à la prison préventive alors que d’autres tribunaux avaient acquitté des manifestants pour des chefs d’inculpation identiques. C’est d’ailleurs ce constat attestant de « deux verdicts contradictoires pour les mêmes accusations » qui a fait attribuer à ce parquet la distinction dont se sont plaints les avocats, les militants des droits de l’Homme et les familles des manifestants toujours condamnés au bout du jugement. Cette « exception » aura pris toute sa signification dans les péripéties précédant l’incarcération de Karim Tabbou qui, après avoir été relaxé par le tribunal de Koléa, a été « rattrapé » par le tribunal de Sidi M’hamed 48 heures plus tard. Et pour exprimer leur désapprobation sur cette « exception de fait », le Collectif des avocats des détenus d’opinion a décidé de boycotter les procès qui se déroulent au tribunal de Sidi M’hamed dans ce qui a constitué un désaveu de ses décisions. Cette décision a été motivée notamment par le fait que le tribunal de Sidi M’hamed a condamné certains détenus à 6 mois de prison fermes, alors que celui de Bab El Oued a innocenté d’autres détenus pour les mêmes chefs d’inculpation. C’était une réaction à connotation politique à travers laquelle les avocats voulaient transmettre un message, selon lequel « lorsque les dossiers seront juridiques et non politiques, nous reviendrons plaider. Mais pour l’heure, nous refusons d’être utilisés comme alibi pour un procès injuste. » Mais plus que cet acquittement, qui peut être un prélude à un abandon de la main lourde du parquet de Sidi M’hamed, c’est le procureur de la République qui a signé une sortie pour le moins originale en plaidant l’autonomie de la justice. « Les Algériens marchent d’un pied ferme vers l’Algérie nouvelle, une Algérie où la justice sera libre et indépendante. Les Algériens scandent des slogans exigeant une justice libre et indépendante. Pour cela, j’assume mes responsabilités en tant que représentant du parquet », a-t-il dit en pleine audience. « En concrétisation du principe de l’indépendance de la justice, et pour qu’on ne dise pas qu’on fonctionne sur des injonctions venant d’en haut, le parquet demande la relaxe », a-t-il agréablement surpris les mis en cause et leurs avocats. Ce qui fera dire à Saïd Salhi de la LADDH, qu’il s’agit d’une « première» au tribunal de Sidi M’hamed qui veut probablement, souligne-il, « se libérer d’une réputation qui a fait de lui un tribunal d’exception». Ces acquittements qui rendent heureux vingt jeunes manifestants peuvent ainsi constituer une raison pour présenter le parquet de Sidi M’hamed autrement que par l’image qui lui a été collée depuis plusieurs mois. Il peut également être considéré comme un signal d’apaisement tant réclamé par les formations politiques et les acteurs associatifs, dont certains l’ont clairement signifié au Président de la République lors des rencontres de consultations politiques qu’il a engagées depuis son accession à la magistrature suprême. Un signal qui sera vraisemblablement affirmé ou infirmé dans le temps dans le sens où la chronique judiciaire des prochaines semaines ne manquera pas de décliner une décantation quant au traitement du dossier des détenus.