Le groupe de travail et de recherche sur la violence faite aux femmes en milieu professionnel, en partenariat avec le Comité national des femmes travailleuses du Syndicat national autonome des personnels de l’administration public (Snapap), ont organisé hier à la Maison des syndicats une journée d’études sous le thème « Face à la violence, zéro tolérance ».

Une sorte de petit séminaire qui s’inscrit dans le cadre de la célébration de la Journée mondiale de la lutte contre la violence faite aux femmes. « De nos jours, le lieu de travail censé être un espace d’épanouissement pour la femme et source d’indépendance matérielle et d’accomplissement de soi, s’est transformé en un réel lieu de répression, d’atteinte morale et d’esclavagisme moderne », a indiqué Mme Yamina Meghraoui, présidente du Comité des femmes, lors de son allocution d’ouverture. Face aux militantes du syndicat ainsi que des sympathisantes de la cause de la femme, Mme Meghraoui a dressé un état des lieux plutôt alarmant sur la situation de la femme algérienne. « Il n’est pas normal que de nos jours les femmes continuent à subir les conséquences des décisions des responsables. Contrairement aux discours de circonstance, la femme algérienne a toujours du mal à accéder aux promotions et aux postes de responsabilité, et ce, non seulement à cause de ses supérieurs, mais surtout de son environnement », a-t-elle fait savoir. En effet, en plus de la réticence des hommes envers les femmes qu’ils ne voient pas occuper des postes de responsabilité, il y a aussi le facteur familial qui joue en défaveur de la femme algérienne, absence de soutien de l’époux et la garde des enfants. A cette occasion, la syndicaliste a profité de la présence de militantes pour les sensibiliser sur la « dangerosité » du projet de loi de finances 2018 qui a, selon ses propos, pour objectif d’« appauvrir » davantage la population.
« C’est le peuple qui va endosser cette crise financière et payer les frais de sa poche. Preuve en est la suppression de l’impôt sur la fortune prévue initialement dans le projet de loi de finance 2018 et l’augmentation des taxes pour le citoyen », a déploré Mme Meghraoui Yamina. Et d’ajouter : « La pauvreté est la plus grande des violences et conduit à la destruction de la cellule familiale. »
Violence en milieu de travail : les femmes en parlent
Conscientes de l’importance de témoignages concrets, seuls indicateurs sur la réalité sur terrain, les organisatrices de cet événement ont donné la parole à de nombreuses femmes ayant subi des violences « morales » au niveau de leur lieu de travail. Harcelées, traquées et obligées de se plier aux règles du plus fort, ces femmes ont dévoilé la face cachée de nombreux secteurs de travail, y compris celui de la santé, où les dépassements relevés sont les plus nombreux.
« J’ai occupé durant 20 ans le poste d’infirmière dans le service de pédiatrie au CHU d’Oran, sans jamais effectuer de gardes de nuits jusqu’au jour où un responsable a décidé de s’acharner contre moi et me pourrir la vie dans le service. Ce harcèlement m’a causé une dépression nerveuse. A l’époque, le psychiatre m’avait délivré un congé de maladie de 6 mois. Mais dès que j’ai repris mes fonctions, mon calvaire a repris. Ce n’est qu’en changeant de service que j’ai pu trouver la paix », a indiqué la victime. A ses côtés, une ancienne sage-femme a décidé de partager sa douloureuse expérience avec un responsable qui n’a pas apprécié le fait qu’elle soit promue chef de service. « Il s’agissait d’un véritable harcèlement moral. J’avais presque quotidiennement droit à des convocations, des ordres d’effectuer des gardes de nuit, alors que mes parents étaient gravement malades ! A cause de cette pression, mon mari a fini par demander le divorce et j’ai perdu mes parents sans avoir eu l’occasion de les voir une dernière fois. Malgré tout cela, le responsable, qui était proche d’un homme haut placé, a continué à s’acharner sur moi. Ce n’est qu’une fois l’affaire entre les mains de la justice que les choses sont redevenues normales », a-t-elle confié les larmes aux yeux.
Nécessité d’une action solidaire
Face à ce genre de dépassements et de harcèlement sur les lieux de travail, la présidente du Comité des femmes travailleuses du Snapap a insisté sur la nécessité de ne pas se laisser faire et d’agir. « Il faut que la loi du silence cesse. La plupart des femmes préfèrent abandonner leur poste au lieu d’agir, alors qu’il s’agit d’un droit. Il faut aussi que les employés soient solidaires entre eux pour dénoncer toute sorte d’abus de pouvoir à l’encontre de l’un d’eux», a fait savoir Yamina Meghraoui. Cependant, malgré la présence de textes de loi protégeant l’employé contre le harcèlement moral et sexuel, à l’instar de la loi 90-11 du Code du travail relative aux relations de travail, de nombreux supérieurs hiérarchiques continuent à sévir contre les employés hommes et femmes qui, dans la plupart des cas, optent pour le silence pour ne pas perdre leur emploi. <