Trois responsables d’institutions culturelles ont été officiellement limogés par décret présidentiel paru dans le dernier numéro du Journal Officiel. Il s’agit du directeur général de l’Opéra d’Alger, Nour-Eddine Saoudi, de la directrice de l’Institut supérieur des métiers des arts du spectacle et de l’audiovisuel (Ismas), Fouzia Akkak, et de la directrice du Musée public national d’art moderne et contemporain (Mama), Nadira Aklouche.

Il est ainsi précisé que par décret présidentiel du 7 mars 2020, il est mis «fin aux fonctions du directeur général de l’Opéra d’Alger M. Nour-Eddine Saoudi». Par décret présidentiel du 8 mars 2020, il est mis «fin aux fonctions de la directrice de l’Institut supérieur des métiers des arts du spectacle et de l’audiovisuel, exercées par Mme Fouzia Akkak, ainsi que la directrice du musée public national d’art moderne et contemporain, exercées par Mme Nadira Aklouche».
Pour rappel, les premiers responsables de l’Opéra d’Alger et de l’Ismas étaient au cœur de la polémique relatée par les médias. Au mois d’avril 2019, l’Ismas était à la une, suite à la grève entamée par les étudiants de l’Institut supérieur des métiers des arts du spectacle et de l’audiovisuel (Ismas), qui avait notamment organisé le 15 avril 2019 un sit-in pour dénoncer le «mépris» de la directrice de l’établissement Fouzia Akkak. Après dix jours de grève, suite aux multiples dysfonctionnements qu’ils disent subir depuis des années, ils avaient alors annoncé une grève illimitée jusqu’à satisfaction de leurs revendications. Dans ce sens, une liste de revendications visant à améliorer leur situation et surtout à faire valoir leur diplôme qui «ne sert à rien» et à remplacer, dans les plus brefs délais, leur directrice qui «n’a aucun lien avec la culture», vu qu’elle est diplômée de l’Ecole de journalisme.
Lors de ce bras de fer entre les étudiants et la première responsable de l’Ismas, Fouzia Akkak, installée à la tête de l’Ismas depuis 2015, a affirmé dans un entretien accordé à Reporters que «l’Ismas compte 105 étudiants, je constate que ce n’est qu’une minorité qui dirige ce mouvement. J’ai conscience que chaque personne qui suit cette grève a ses raisons. Cependant, il est difficile de dire si chaque étudiant est réellement en accord ou opposé à sa poursuite. Mais pour moi, il est clair que cette grève est dirigée par un petit groupe». Tout en balayant la question de son remplacement, une des principales revendications des étudiants. Elle avait notamment expliqué dans nos colonnes que «la question des diplômes et au-delà de l’obtention des diplômes définitifs, ce n’est qu’une question de temps. Il est inimaginable qu’en tant que directrice je puisse lancer des spécialités sans l’accord de la tutelle, qui sont les ministères de la Culture et de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, cela serait même interdit du point de vue du droit».
Par ailleurs, concernant Nour-Eddine Saoudi, installé, depuis le début de l’année 2016, à la tête l’Opéra d’Alger Boualem-Bessaieh, une polémique avait également secoué cette institution, lorsqu’au début de cette année, au mois de janvier dernier, les fonctionnaires de cet établissement avaient adressé une lettre ouverte adressée à la ministre de la Culture, Malika Bendouda. Dans cette missive, les travailleurs dénonçaient les conditions précaires dans lesquelles ils travaillent et la mauvaise gestion humaine, artistique et matérielle du directeur de l’opéra d’Alger. Certains musiciens de l’orchestre avaient également co-signé cette lettre adressée à l’actuelle ministre de la Culture, afin de dénoncer leur marginalisation par le premier responsable de l’Opéra d’Alger. Parmi les griefs de certains musiciens de l’orchestre symphonique le mépris envers la musique symphonique dans la programmation de l’Opéra d’Alger. Selon des indiscrétions, les musiciens de l’Orchestre symphonique ont également subi des retards dans le paiement des salaires qui dépasse parfois deux mois. Concernant la directrice du musée public national d’art moderne et contemporain d’Alger (Mama), Nadira Laggoun-Aklouche, qui a été également démise de ses fonctions, elle était très critiquée en coulisses par certains artistes qui, sous couvert de l’anonymat, s’insurgeaient sur la gestion du musée et la marginalisation de nombreux artistes contemporains algériens.
Il est à noter qu’aucune explication sur cette mise de fin de fonction n’a été mentionnée dans le Journal Officiel et aussi aucun nom de nouveaux directeurs n’a été annoncé.