Outre la grande histoire d’amour entre deux jeunes gens, «Les Genêts de l’amour» de Hadjira Oubachir, paru le mois dernier aux éditions Koukou, raconte, dans une belle langue, la souffrance des femmes, l’indifférence des hommes et le poids des traditions sur l’individu. La poétesse donne la voix aux femmes lorsque leur parole est confisquée, et raconte dans ce drame en cinq actes l’incroyable courage d’Azouzou.

La comédie musicale «Les Genêts de l’amour» (Uzzu n Tayri), drame en cinq actes de Hadjira Oubachir est paru le 22 avril dernier aux éditions Koukou, dans deux versions en un seul volume : en kabyle et en français. Ecrite initialement en kabyle et montée par le Théâtre régional de Béjaïa en 2007 dans le cadre de la manifestation «Alger capitale de la culture arabe», cette comédie musicale reprend et met en poésie une histoire bien connue de la culture orale (conte) ; une histoire retranscrite une première fois par Si Mohand Ou M’hand –certains de ces vers sont repris dans le livre (avec des guillemets et des notes) et sont extraits de l’ouvrage «Les Isefra, poèmes de Si Mohand Ou M’hand» de Mouloud Mammeri. Avec son souffle et sa fougue poétiques et sa langue d’une précision horlogère, Hadjira Oubachir a transformé un conte oral en poésie et en théâtre situé dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale, en lui donnant une dimension sentimentale et socioculturelle. En effet, dans la préface en langue française, intitulée «Une Kabylie qui tord le cou aux tabous», l’universitaire Malha Benbrahim considère que «dans cette pièce qui s’annonce comme une simple tragédie amoureuse, on distingue deux fils conducteurs. Le plus apparent, le fil sentimental avec une histoire d’amour qui se tisse et trouve refuge à la fontaine (tala). (…) Le deuxième fil qui structure la pièce est socioculturel ; il montre le poids de la tradition qui enchaîne la famille au groupe au détriment de l’individu». «Les Genêts de l’amour» est un drame se situant dans un village de Kabylie dans les années 1940, qui met en scène, deux jeunes gens, Aziz et Azouzou, qui s’aiment passionnément. Appartenant à deux clans rivaux, leur union semble impossible d’autant qu’Azouzou est promise à son riche cousin Akli. Mobilisé pour aller au front, Aziz quitte le village «Le cœur plein/Du bonheur d’avoir aimé», tandis qu’Azouzou, en proie à un profond désarroi «se consume pour l’être aimé, perdu dans les feux d’une guerre étrangère». Bien que mariée à Akli, la jeune femme lui signifie qu’elle en aime un autre –suscitant colère et jalousie chez celui-ci– et finit par le quitter : «Je suis lucide maintenant/ Je ne suis pas un objet,/ Qu’on négocie librement/ N’aie crainte, je revis enfin/ Je partirai dignement», dit Azouzou à l’intention de sa mère. Plus loin, Taninna, une amie d’Azouzou dira à Akli et à tous ceux qui ne comprennent ou ne tolèrent la souffrance d’Azouzou que celle-ci «chante les ravages/ De nos mariages forcés». Aziz revient, s’unit à sa bien-aimée, repart pour travailler et construire une vie meilleure pour sa famille et retourne une nouvelle fois chez lui. Mais les retrouvailles ne sont pas à la hauteur de leurs attentes et encore moins de leur amour. Outre l’histoire d’une passion amoureuse, «Les Genêts de l’amour» raconte la vie dans un village de Kabylie, et met en lumière la souffrance des femmes et l’indifférence des hommes. A titre d’exemple, Azouzou n’a pas choisi son cousin et a été contrainte de l’épouser, son père ayant ignoré sa volonté. Cependant, la parole des femmes s’exprime librement dans ce texte. Elles sont belles et rebelles, jeunes et courageuses, rêveuses et d’une grande lucidité. Elles sont des femmes sans concession.

«Les Genêts de l’amour» (Uzzu n Tayri» de Hadjira Oubachir. Comédie musicale, 128 pages, éditions Koukou, Alger, avril 2018. Prix : 500 DA.